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A l’ombre d’un regard,

J’ai vu la lumière s’éteindre, dans la prunelle de tes yeux,
Senti aussi tes mains m’étreindre lorsque tu regardais les cieux.
J’ai vu ta démarche fragile, c’est vrai, tu n’avais plus vingt ans
Mais pour moi ta petite fille, j’avais compris depuis longtemps.

Tu as été la main, qui a conduit mes premiers pas,
Moi j’ai été tes yeux quand tu n’y voyais pas
Alors comme un berger, je te servais de guide,
Au regard qui perdait la vue, je voulais me sentir utile
T’aider à faire tes derniers pas.

Je t’ai raconté le ciel bleu, où vient s’éclater le soleil,
T’ai fait alors aimer la pluie, entendre aussi sa mélodie,
Tu as senti ma main caresse, venir se poser sur ta joue,
Avec une infinie tendresse, et mes baisers ô combien doux.

J’ai été ton instant lecture, toi qui aimais tant les journaux,
Aussi ton moment de culture, de tout ce qui te semblait beau,
Je t’ai expliqué le printemps, et ses senteurs et ses délices,
Dans ton petit jardin charmant que tu cultivais sans malice.

On a fait les plus beaux voyages dans des pays imaginés,
Sans même emporter de bagages, juste en nos têtes les rêver,
On a vogué sur des bateaux, appuyés sur le bastingage,
Et ils n’ont jamais fait naufrage, il sont restés sur le rivage.

Et tu as réappris à vivre, même si hélas il faisait noir,
Au fond de toi, combien c’est triste, tu n’a rien su de mon regard,
Mon bras alors était ta canne, mes yeux ton phare dans la nuit,
Dans nos cœurs brûlait une flamme, celle d’un amour infini.

Bien souvent je les vois encore, se refermant à tout jamais
Une nuit froide de janvier, les miens ont coulé en rivière
Et si l’ombre qui me suit à présent m’est famillière
C’est que tu as retrouvé la lumière et qu’elle sert à me guider

Danièle Labranche



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