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À UN VIEILLARD

Il labourait fier sa terre, avec une charrue,
Et un feutre en paille couvrait son visage,
D’où coulait la sueur, via ces tristes sillages :
Ce pâté de rides sur sa peau peu charnue.

J’avais votre âge, nous disait-il, souriant ;
Vous y arriverez aussi, le Seigneur voulant.
La vieillesse est une grâce, la sagesse le vécu,
Je sais ce que je dis via ma bouche qui pue.

Et son regard perçant cachait un mystère,
Que nous ne pouvions saisir étant mineurs ;
De ses yeux profonds, sombres tel l’univers,
Nous le saurons peut-être quand viendra l’heure.

Et nous poursuivions nos errances de gamins.
À notre âge, il faut bien faire des expériences !
Pendant que lui, s’imaginant nos lendemains,
Nous disait toujours : vous avez de la chance !

Mais à nos ricanements, suivait un remerciement.
En échange de ses choux, nous manquions de sous.
Et avec admiration, il nous regardait tendrement,
Quand hagards, nous en ignorions les dessous.

Comment peut-il savoir tout ça, nous nous disions !
Il disait : point n’est besoin d’avoir une vision.
En ôtant son feutre : vos yeux sont des vitrines,
Et tout dépend de ces cheveux de platine.



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