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Auprès de ton arbre,

Je les ai vu couper un arbre,
Celui que tu avais planté,
Commencer la danse macabre,
Des haches qui l’ont fait pleurer.

J’ai vu couler de son écorce,
De grosses larmes de douleur,
Dans mon cœur une peine atroce,
Au souvenir de sa splendeur.

Je me suis revue un instant,
Venant y bouquiner tranquille,
Tu chantonnais en me voyant,
Y grimper, de façon agile.

Puis j’ai grandi et sous son ombre,
Souvent je me suis reposée,
Toi près de moi tu t’endormais,
Jusqu’à ce que le jour soit sombre.

Tu n’as jamais coupé de branches,
Tu l’as laissé en liberté,
J’y ai sali ma robe blanche,
Mais personne ne m’a grondée.

J’y ai écorché mes genoux,
Fait des chutes vertigineuses,
Enfant j’étais aventureuse,
Tout près de toi mon papinou.

Le temps a changé notre histoire,
Toi tu as pris la clef du ciel,
Se sont enfuis mes jours de gloire,
Ils ne sont jamais éternels.

J’ai vu passer la grande boîte,
Dans laquelle toi l’endormi,
Entouré de flocons de ouate,
Es parti prolonger ta nuit.

J’ai posé au creux de tes mains,
Un peu d’écorce de ton pin,
En souvenir des temps anciens,
Où le temps s’écoulait serein.

Les pelleteuses ont achevé,
Leur travail sans miséricorde,
Et l’arbre pend à une corde,
Sa tête vient d’être coupée.

Il gît inerte sur le sol,
A présent c’est le ciel qui pleure,
Versant sur mon pin parasol
Le trop plein d’un grand crève-coeur.

Un homme un jour a mis la graine,
Devant mes yeux émerveillés,
Ce soir mon cœur a de la peine,
De voir qu’ils n’ont pas de pitié.

Il était là mon seul repère,
Mon souvenir du temps passé,
Quand tu venais mon cher grand-père,
Auprès de moi te reposer.

J’ai dans ma poche quelques graines
Mais pas d’endroit pour les planter
Car cette terre qu’on blasphème
Est bien trop souvent maltraitée.

© Danièle Labranche



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