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Berceuse à deux temps +

Souvent ma nuit ressemble à une mantille
Noire de dentelle elle couvre mon cœur
Le désespoir sardonique me torpille
Qui me poignardera bientôt le cœur

Je sens que mon jugement oscille
Chancelant dans une infinie langueur
Un relent amer dans ma bouche s’instille
De même que mon front se lave de sueur

Je voudrais m’enfermer dans une coquille
Pour échapper à cette croissante noirceur
Minutes et heures dans mes veines fourmillent
Mon corps ondoie dans une obscure vapeur

Serais-je donc restée la petite fille
Qui tenait les ténèbres en horreur
Et qui pensait pouvoir écarter les grilles
De sa cage afin d’accueillir son sauveur

La nuit hélas sera toujours ma bastille
Qui récoltera mes sanglots et peurs
De sottes pensées ma tête j’entortille
Pour déjouer les mystères de ma terreur

Nombreux sont ceux qui la nuit de leurs feux brillent
Que les affres et l’épouvante n’effleurent
Je n’ai pas d’ami encore moins de béquille
Pour m’appuyer sur une épaule sœur

Faible je suis comme la brindille
Qui périssable d’un souffle se meurt
Que vienne le jour que mes yeux se dessillent
Pour qu’enfin se dissipe ma stupeur

…Et qu’enfin dans le ciel l’astre brille
Avant que mon corps ne soit que roideur

Jacqueline Grout – Berceuse à deux temps
image: deviantart.com



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