Partagez

En son temps, Aristote avait déjà classifié plus de 400 espèces animales, dont le cormoran, nommé communément « corbeau marin ».
Au cours de grec classique, on insiste parfois qu’une hirondelle ne fait pas le printemps : mais de nos jours, on n’aperçoit même plus une seule hirondelle durant toute l’époque du printemps. Certaines espèces sont en voie de disparition, et faute de grives, le chat sauvage doit se contenter de chasser le merle.
La Wallonie ressemble à la Flandre en ce qu’elle est un pays de mésanges. Dans mon jardin, celles-ci dansent en sautillant vivement et en poussant de petits cris festifs comme d’aimables locustes.
Impatiente, la vipère des lisières tourne en rond sous d’épaisses fougères et d’odorantes ombellifères, tandis que le carduel verdier s’amuse à l’ombre des bleus chardons. Les moutons sont au vert sous la surveillance bienveillante d’un ourson élevé au biberon. Les mouflons de Corse se montrent plus sociétaires et égalitaires que ceux d’autres régions, mais moins que certains bisons. Le dromadaire flaire au désert la présence du scorpion des champignonnières. Plaisante sarcelle, la pénélope se prend pour un papillon vulgaire mais pas pour un vulgaire papillon. De nos jours, certains alcyons enterrent leur nid après usage, afin que les humains ne puissent pas s’en nourrir. En un frais bocage hésite une altière chouette devant une souris mâle connue pour avoir réussi à porter sur son dos un éléphant femelle. Le chant du cygne n’est pas souvent triste. Le gerfaut blanc est un faucon à taille de vautour, mais il ne ressemble pas à ce faucon d’élevage qui s’est évadé et qui vit depuis en célibataire solitaire. On raconte qu’à certaines nuits de la pleine lune, celui-ci se transforme en orfraie vraiment sauvage. Mais il s’agit d’une légende, car, de son point de vue à lui, la nuit est faite pour dormir et il n’y fait que dormir !
L’épithète qui va comme un gant à l’orfraie est « rara avis in terris ». C’est pour cette raison qu’on le rapproche parfois de l’unicorne. On suppose même qu’autrefois il se posait occasionnellement sur le dos de la licorne,… mais qui veut aller loin doit ménager sa monture ! Originairement il faisait partie de la grande tribu des aigles, mais ceux-ci se sont séparés définitivement de lui depuis le jour où ils ont décidé de se réfugier sur les cimes des montagnes pour échapper à la présence des humains. L’orfraie est moins farouche qu’eux, mais il se tient quand même à l’écart des villes. Le petit gibier des campagnes devenant plutôt rare, il s’est spécialisé dans la pêche à l’agrippage ! Perché au sommet d’une falaise du rivage, il surveille les mouvements à la surface de la mer.
Il vit seul avec sa petite famille. Cet isolement n’est pas sans lui poser parfois des problèmes. Il a dû quitter son archipel parce qu’il y était constamment agressé par une nation très nombreuse et pluriethnique d’oies, de cygnes, de cigognes noires, de canards et de poules d’eau.
Pour sa plus grande joie, il a rencontré récemment un bel oiseau aux couleurs vives, égaré pas par hasard dans ces régions trop boréales pour lui. C’est un gentil perroquet vert à tête jaune. Son nom, il le récite souvent par cœur, car ce sont les premiers mots qu’on lui a appris dans le langage des humains avec lesquels il a vécu. « Je me nomme Aratinga Auricapillus », ne cesse-t-il de répéter ! L’orfraie, qui pratique un idiome très différent, ne comprend rien à ce galimatias indéchiffrable. Pour lui, ce n’est qu’un cri comparable à celui que poussent certains rapaces nocturnes. La faridondaine, la faridondon !
Aratinga se la coulait douce naguère au cœur d’un petit village arawak de la forêt. Mais, échappant seul au massacre, il a fui le jour où ce paisible hameau fut brusquement attaqué par une bande de métis mamelucos sanguinaires et stipendiés. Honte à jamais sur eux et sur leurs infâmes commanditaires ! Pris d’une folle panique, il a volé en ligne droite pendant des semaines entières, pour se retrouver finalement dans ce pays qui n’est pas du tout le sien. A présent il est heureux de se sentir en sécurité auprès d’un hôte si accueillant. Toutefois il se doute bien qu’à l’approche de l’hiver, il devra abandonner cet agréable compagnonnage pour retourner vers le Sud et des cieux plus cléments. C’est que les grandes amitiés ne sont pas faites pour durer.



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
3.5 sur 4 votes