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L’astre blêmit, désastre, dans le ciel encore azur. Les nuages se rident comme des fruits mûrs. Le zéphyr doux du matin s’époumone d’une toux roque et fraîche. Les arbres flétrissent comme des vieux portés par leur canne frêle. Le jour s’éteint vite au crépuscule morne des nuits obscurs. La magie d’un horizon calme et chaud se mue en une aurore blafarde et dure. La lourdeur grise et humide des océans ternit le firmament sans éclat. La saison bascule, balayée par la tornade temporelle qui souffle sur nous, éternelle. 

Pourtant ce matin, une jolie fleur a poussée sous des feuilles en nénuphar. Elle s’épanouit dans son berceau immaculé et expose timide sa corolle orange avec ses pétales princiers. Malgré la marée montante d’un automne puissant, la petite fleur s’endort enfant. La sérénité de son visage poupon éclaire mon âme de sa clarté merveille. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde, la beauté simple de ce petit minois s’ouvre innocente au monde gris et sournois. Son petit nez mignon sourit trompette, la bouche amusée esquisse un sourire d’ange fleurette et les paupières fermées tremblent d’un rêve doux, câlin, belle mignonnette. Emmitouflée comme une papillote de Noël, elle attire nos baisers comme des aimants de tendresse. Un petit hoquet vient troubler le sommeil profond, une petite respiration émue, le corps se gonfle comme un petit chagrin coquin, détresse. Très vite, le bonheur calme regagne, la douceur angevine d’un songe natal engourdit de plus belle cette petite âme. 

Étrangeté que cette vie qui s’anime au cœur d’une saison qui s’éteint, les feuilles sèches tombent et le spleen grisâtre du temps maussade envahit nos esprits tristes. Et voilà qu’un petit bout d’être si fragile, si frêle enivre les cœurs et soulagent nos peines. Tel un cri dans le soir, elle ravive en nous le rire, le bonheur et l’espoir. Peu importe le temps, elle est mon phare pour quart de sang et je partage avec les miens l’indicible espérance de vivre, au-delà de moi, à travers ce si joli minois.  

Quelle idée saugrenue et cependant si belle de lui avoir donné le nom d’une fleur d’été, et me voilà transporté, grand-père, au firmament des anges. Ce soir mes rêves exalteront mes doux songes orangés, cette tendresse câline, bienvenue à toi, petit cœur, chère Capucine. 



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