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Moi, je ne voulais pas t’aimer,
Mais c’est mon cœur qui m’a forcé.
Car aimer tue, il ne faut pas en abuser …
J’étais venu chez toi surtout pour vapoter.

Moi je ne voulais pas te plaire,
Mais c’est mon cœur qui m’a fait voir
Comment porter du rouge et m’habiller en noir,
Comment parler du ciel avec les pieds sur terre.

Je ne voulais pas t’embrasser,
Mais c’est mon cœur qui m’a montré :
Un baiser sur ta joue, un baiser sur ta bouche,
Un baiser pour la route, un baiser sous la douche.

Je ne voulais pas t’effeuiller,
Mais c’est mon cœur qui m’a poussé,
Moi qui étais toujours tombé sur pas du tout
À la folie et toi, c’était un peu beaucoup.

Je ne voulais pas te draguer,
Mais mon cœur était aux aguets.
Les fous se font du pied quand je te fais du cœur :
Fais-moi tomber chez toi, fais-moi un croche-cœur !

Moi je ne voulais rien dire,
Mais c’est mon cœur qui m’a trahi;
Les deux amants du Cid ne se sont pas haïs …
Et comprendre à mi-mot ce que tu voulais dire.

Je me bouscule au portillon,
Mais c’est mon cœur qui se faufile,
Parmi les mauvais sorts, les tourments et la bile,
Parmi les Mallarmé, les Char et les Villon.

J’ai l’air d’un mur d’indifférence,
Mais j’ai un cœur qui bat pour toi;
Si tu veux bien de mon royaume et de ma France,
Je m’offre au premier feu, un soir de Fontenoy.

Longtemps j’ai renoncé à toi,
Mais mon cœur couvait sous la cendre …
Un peu de vent et l’incendie allait reprendre
Et plus rien pour l’arrêter, hors nos corps et nos voix.

Je suis bien seul et sans aurige,
Mais c’est mon cœur qui me dirige :
Tantôt trop près de toi à te brûler le dos,
Tantôt trop loin de toi à se glacer les os.

Je tenais bon dans mon ascèse,
Mais c’est mon cœur qui a lâché:
Écrire ton roman, ouvrir ta parenthèse …
Et ce mauvais chiendent qu’il fallut arracher.

À la marelle, au chat perché,
Mais c’est mon cœur qui a gagné,
Je reviendrai souvent jouer à chat caché
Dans ta cours de récré et sous tes châtaigniers.

Cadet Rousselle à trois maisons,
Mais on n’est bien que chez ton cœur.
Loger une hirondelle au fil de mes saisons,
C’est un secret d’oiseau qui plaît aux migrateurs.

J’ai lu les leçons d’Épictète
Mais mon cœur n’est que bicyclette,
Du plus bleu qu’on connaisse et qu’on doive à Deforges
Au satin dégrafé d’un premier soutien-gorge.

Je ne voulais plus croire en Dieu,
Mais c’est mon cœur qui t’a élue,
Comme une sainte amante, insolente et voulue,
Moi je n’y suis pour rien, si mon cœur a tes yeux.



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