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Chez le juge

Un jour que m’ennuyais tout seul sur mon rotin,

Il me vient une idée tout à fait saugrenue.

Passer pour un escroc ou bien un assassin

Pour pigmenter ma vie, pour faire le parvenu,

Ou pour un gars malin qui gagne au baratin.

C’est que le matin même, lors d’une consultation

Une femme médecin m’annonçait gentiment

Que j’avais un cancer, exempte de guérison,

Et qu’il ne me restait au bout du bout qu’un an.

Un an pour profiter, se donner du bon temps.

Passé le désarroi de devoir constater

L’avenir bien plus court, par rapport au passé.

Me suis dis qu’il fallait éviter de sombrer

Dans l’alcool ou l’ennui, essayer d’inventer

Une fin tout en couleur pour brouiller la douleur.

Et j’avais donc trouvé un délit pas banal,

Voler près de Paris un camion de fusées.

Priver les parisiens, jour de fête nationale,

De leur feux d’artifice tout un an attendu,

Mériterait surement la peine capitale.

Et je dois reconnaître que l’idée m’avait plu,

Être décapité en phase terminale,

Devant toutes les télés, c’est très original.

Je m’étais dénoncé pour être sûr d’être pris.

Les flics sont maladroits et n’auraient pas compris

Comment ce petit vieux à la barbiche grise

A-t-il bien pu s’y prendre pour kidnapper cette prise ?

Ils n’auraient pas compris, ça je l’ai déjà dit,

Qu’il était très facile de voler ce camion

Au parking du routier à l’heure du repas.

Où retrouve les copains et pour un peu de ronds

On mange on rit on boit , les routiers sont sympas.

À la gendarmerie j’ai refusé de dire

Où je l’avais planqué, ce putain de camion.

Je me suis amusé, me retenant de rire,

Voyant leur embarras à poser leur question

A ce vieux qui béat, imaginait le pire.

La décision est prise … Chez le juge d’instruction !

Il était très gentil avec son p’tit blouson.

Tu t’es bien amusé ! dans deux jours c’est la fête,

La fête nationale, et tu ne voudrais pas

Nous gâcher la journée. Tu t’es monté la tête !

Allez soit donc sympa … on ne t’en voudra pas.

Ne me tutoyez pas, nous n’avons pas je crois

Élever de basse-cour ou de cochon ensemble.

Je n’ai pas peur de vous et jamais je ne tremble.

Susceptible avec ça ! J’accepte la remarque

Bien que vous vous preniez un peu pour un monarque,

Le roi de la flibuste …. qui détrousse un routier !

C’est un peu lamentable comme fait de bravoure.

Vous n’arriverez pas à me faire avouer,

Me prendre par surprise. Vous avez plus d’un tour

Pour me faire parler, mais je suis bien trop vieux

Pour céder aux avances, dites sur un ton mielleux

D’un jeunot qui se croit plus malin qu’il ne l’est.

– Parfait Monsieur parfait ! Restons en donc aux faits.

Bon ! je veux bien vous dire où se trouve le camion !

Mais pour ça je voudrais y mettre une condition.

Une condition vraiment ! Pour un pareil délit

Je crois que vous risquez une bien longue peine.

Êtes-vous prêt à passer un temps de votre vie

Derrière les barreaux d’une cellule malsaine ?

Désolé Cher monsieur ! ma fin est programmée

Dans un peu moins d’un an, car je suis condamné

A souffrir le martyr par toute la faculté.

Peut m’importe pour moi d’être votre prisonnier

Qui vous obligera à devoir me soigner.

Non ! Acceptez plutôt mon petit marchandage

La république Monsieur, a horreur du chantage !

Tout de suite les grands mots. Comme si à mon âge

Je voulais rançonner, parlons plutôt boulot.

Je vous offre la gloire de l’avoir retrouvé,

Ce camion de fusées, sans sortir du bureau.

Vingt quatre heures qu’on le cherche, c’est qu’il est bien caché.

C’est bien aimable à vous !  Et que dois-je faire pour vous ?

Je veux juste faire connaître à la presse mon larcin,

Annoncer mon malheur en leur rendant leur bien.

Je dirai que c’est vous qui m’avez convaincu

D’arrêter ma chanson, rendant aux parisiens

Leur grand feu d’artifice qui attend d’être vu.

Convoquons les gazettes ! Attention au faux pas !

Nous serons indulgent au vu de votre état.

Surveiller vos propos, ne déraper pas trop

En dévoilant des choses que nous ne voulons pas.

De quoi avez-vous peur d’entendre à la radio ?

Que la gendarmerie est assez maladroite

Pour n’avoir su trouver assez rapidement,

Où était le coupable de cette mascarade

Qui sut subtiliser un camion allemand,

Au nez et à la barbe de toute une brigade.

Je dois vous raconter, pour finir mon récit,

Comment ce camion là, avait pu échapper

Aux recherches, à la fouille des gendarmes d’ici.

Quand je l’avais volé, ou plutôt  détourné

De son usage premier, je l’avais bien repeint

Aux couleurs de la poste, le jaune PTT.

Ils cherchèrent donc en vain un camion allemand

Alors qu’il se trouvait, pas très loin, à côté.



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