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Va pour un coin de ciel entre deux giboulées …

Qu’il entre par mes yeux ! Qu’il vienne de ton cœur !

Loin des torrents chagrins et des eaux écoulées,

Qu’il emplisse mes yeux ! Qu’il sourde par ton cœur !

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Va pour un dernier verre avant de rendre l’âme :

Un sanglot, une larme, une larme, un sanglot,

À boire ou à sécher dans un bar d’alcoolos …

J’ai promis à Thisbé le mûrier de Pyrame.

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Va pour un pied de nez aux gerfauts de la guigne,

Aux oiseaux de malheur, au mildiou de mes vignes,

Et toi comme antidote, et toi mon contrefeu,

Ardent des cent bûchers que j’allume en tous lieux.

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Va pour un rire encore, et rire est un péché,

Comme un besoin d’aurore, un fruit à t’éplucher,

Au pourpre de la lèvre, éclatant par l’émail,

Avant de tout croquer cachés par l’éventail.

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Va pour moins de regret en contemplant nos vies …

Et qu’il reste au moins ça, ce semblant de lumière,

Qui permet à nos yeux de regarder derrière,

Et qu’on découvrira juste après l’autopsie.

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Va pour un jour à Prague et un autre à Venise …

Je suis d’un terrain vague et d’un verger sauvage,

Tu es d’un mont sacré et de Terre promise,

Il fallut bien un jour rejoindre ton rivage…

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Va pour le pain bénit  à partager tout seuls,

Sans personne et sans autre, à l’ombre d’un tilleul ;

Nul besoin d’un prochain à qui tendre la main,

Quand tu es ma présente et que je hais demain.

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Va pour le mal de mer à force de roulis,

À force de tanguer à bord de tous les lits,

Au diable ta nuisette, au diable la ruelle,

Les vrais marins sont ceux qui vont en caravelle.

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Va donc pour Swarovski et va pour Sephora,

Sans marcher sur les eaux, sans parodier Moïse,

Au-delà du désert, j’irai où tu iras,

Comme un amour secret qui voyage en valise.

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Va pour Albinoni dans son fatras baroque,

Sa sonate est perdue en complainte éperdue :

Qui traverse le temps ? Qui se rit de l’époque ?

Morrison et les Doors ? Ta chanson dans ma rue ?

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Va trouver mieux que toi, va trouver mieux que mieux,

Je ne sais rien de Dieu, sinon qu’il t’a conçue,

Ab Urbe condita, pour ma perte de vue,

Qui ne sait pas cela, devra mourir honteux.

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Va pour Procol Harum et ton soutif en vrac,

Sur un slow langoureux, sur un aria de Bach :

T’aimer debout au garde-à-vous contre ton ventre

Et fissurer le sol depuis ton épicentre.

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Va pour l’amour boa qui me love à ton corps,

Dans le combat noueux des baisers constrictors,

Qui étouffent nos cœurs jusqu’à coller nos peaux,

Qui avalent nos sucs jusqu’à perdre les eaux.

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Va pour un long repos à la fin du récit :

Après Verdun, après Wagram, après Crécy,

Quand la seule victoire est de s’être battu,

Sans le moindre couteau et sans le moindre obus.

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Va pour un mausolée aux amants inconnus :

De quoi se recueillir à la Saint Valentin,

Et ranimer ma flamme en regardant tes seins,

Que je retoucherai comme un peintre de nus.

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Va pour l’amour de Brahms dans les bras de Sagan,

Et ce prénom commun qui te va comme un gant.

Accorde-moi l’honneur de quelque danse hongroise

Et d’un roman intitulé « Bonjour Françoise » ! 



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