Partagez

Lorsque je me promène au mois où les blés mûrs
Dressent leurs hauts épis dans les champs mordorés,
Où les bleuets tapis entre les rangs serrés
Chantent une rengaine aux couleurs de l’azur,
Il arrive, dès lors que je vois l’oriflamme
Écarlate – mouvants, trois pétales qui bougent,
Agités par le vent – des coquelicots rouges,
Que mon cœur batte fort ; vous les aimiez, madame.

Vous m’avez dit un jour, j’entends encor l’écho
De votre voix charmante au ton délicieux :
« De tout ce qui enchante et le cœur et les yeux,
Rien n’égale l’amour, et les coquelicots. »
Et quand il vous plaisait, comme tel qui déclame
Les vers du grand Byron, de parler, chose exquise
La langue d’Albion, vous me disiez : « Poppies,
C’est le mot en anglais », je m’en souviens, madame.

Je voudrais bien figer ce temps si discourtois
Qu’il fuit sans nul égard (« Cronos, je te défie !
— Crois-tu ? Il est trop tard : vois tes photographies,
Vois comme il a changé, le monde autour de toi… »)
Rien ne dure beaucoup, ni les joies ni les drames,
Mon beau bouquet, hélas, dut payer son écot
Au temps, celui qui passe et les coquelicots
Que je cueillis pour vous se fanèrent, madame.

Vous m’avez oublié, moi qui ne rêvais qu’aux
Promesses de bonheur, avec vous à jamais,
Parfois l’amour est fleur que le vent sème en mai
Et qui meurt en juillet, comme un coquelicot.
Depuis je me promène emportant dans mon âme
Le tendre souvenir que vous avez laissé.
Il vous plut de partir ; il me plaît de penser
Qu’il naît de chaque graine une autre fleur, madame.



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
5 sur 6 votes