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Les corbeaux calculaient notre temps du battement de leurs ailes. C’était aussi le mouvement fébrile de tes cils. Pendule de notre amour, patient compte-à-rebours qui promet d’assumer le destin. Mille, cent, dix, trois, deux, une nuits passées à se lamenter. Aussi le temps mille fois perdu en une éternité d’étreintes, le jeu complexe des rouages de nos corps emmêlés, bras en bras, jambes en jambes, nœuds de chair. Têtes évaporées en des sons éraillés qui sont les vains appels d’un reste étonnant de conscience hypocrite qui refuse la victoire du plaisir. Bien sûr nous nous sommes dits libres, déambulant de ciels en ciels, nous y perdant, croyant nous échapper. Et sans doute l’étions-nous. Libres comme des oiseaux, dit-on, libres de nous étouffer sous des draps d’illusions, libres de nous torturer en d’extrêmes plaisirs. Libres de même de faire semblant de souffrir, l’un pour l’autre, peut-être, et surement l’un de l’autre. Faire semblant d’en mourir, peu à peu, par l’eau et par le feu, exhalant goutte à goutte la sueur de petites morts. Puis malgré tout renaître, trouvant la force de revivre, la force de s’aimer encore. On a parcouru tout le ciel croyant aussi parfois visiter l’enfer. Ou peut-être le contraire. Je ne sais plus, ne suis plus certain de rien. Quelle importance ? Nous nous sommes aimés comme un vol de corbeaux, unissant les saisons en un uniforme et vaste novembre, interrogeant le temps sur la venue de l’hiver, mais doutant en secret qu’existent d’autres printemps… Loin ces obscures, énormes et grotesques figures, et leur hurlante dispute pour un morceau de ciel, pour un bout de grisaille de ce drap infini. Taches d’encre sur le papier céleste, et quelques regrets juste avant la nuit…



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