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L’âme maussade, telle une journée grise de pluie à grandes rasades, je vagabonde autant que j’erre solitaire dans cette vaste prairie en flanc de colline, la tristesse enclin. Mais voici qu’une belle fortune, tel un papillon tout juste évadé  de sa chrysalide ses ailes, ombrelles déployées, offre à mon regard la rougeur sublime d’un champ de coquelicots. Les pétales frêles dansent dans le zéphyr du matin chaud. La rosée vient de donner sa matinale révérence et libère les parfums envoûtants d’un pré, marchand de fleurs. Le jaune des genêts s’agite en grappes fragiles comme une volée de canaris autour de graines appétissantes. L’herbe folle,  perchée sur sa longue tige, secoue son plumeau pour ensemencer la terre.
Là, un coquelicot, sa corolle rouge  merveille, éclate au grand jour, imbue de sa couleur vermeil. Il captive notre regard et chatouille nos âmes. Son ton de sang, image de vie, rayonne dans la prairie comme un messager divin.  Pavot addict, il noie l‘esprit dans les vapeurs dangereuses d’un bien-être drogué. Quel audace pour cette fleur si fragile, venue un matin de mai et se meurt aussitôt un soir d’été. Une comptine maligne chante sa grâce d’un refrain plein d’allégresse. Sa frivolité n’a de pareil que sa légèreté.  
Pourtant, attaché à la boutonnière, il exprime la force du souvenir, de ceux tombés au champ d’honneur en hommage aux braves Tommies. Danse beau coquelicot, sur ta tige frêle, ta corolle fine, le rouge pour habit et le noir dans le pistil, cœur malheureux pour nos chers disparus.
Tel une vague rouge qui ondule, les coquelicots dévoilent la beauté éphémère du printemps dans l’océan vert des champs. Pareil à une symphonie de Verdi, ses violons  nous emportent, ivres d’un bonheur, simple impression  qui déjà s’enfuie, chassé par le vent.
Je traverse cette orchestre fleuri, si odorant. Je respire l’air pur, m’entête des parfums et me lave de mes pensées noires. Le rouge coquelicot gomme mon spleen et réveille mon humeur coquine. Je souris au vent léger qui ce matin me fait sa belle offrande et peint dans mon cœur les couleurs enchantées d’un joli pré d’été.
Philippe rotat



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