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De plus loin que perdu, j’ai retrouvé ta rue,
Après des mois d’errance et des mers parcourues ;
Je reviens dans ma ville et mon nom est personne :
Toi qui n’y fus jamais, je t’y rends autochtone.

De plus bas que l’enfer, j’ai retrouvé ta trace,
Tu te cachais en vain parmi les anonymes,
Je te voyais partout dans mes monts éponymes,
Je voulais ta victoire … et ce fut Samothrace.

De plus loin que perdu, j’ai recherché ta route,
Au cœur de mon dédale et partout labyrinthe,
Hésitant et reclus, je n’étais plus que doute,
Mais tu vins comme Ariane alors unique et mainte.

De plus froid que l’hiver, j’ai regagné tes braises:
Oublié la banquise et découvert l’été,
En semant des baisers pour attendre des fraises,
En priant Déméter pour moissonner tes blés.

De plus loin que perdu, j’ai rangé mes cailloux,
Pardonnant à l’oiseau de vouloir se repaître :
Qu’importait la forêt dont l’ogre était le maître,
Si c’était pour tes yeux, c’eût été n’importe où.

De plus seul que le Christ au mont des Oliviers,
Dans mon Gethsémani livré aux éperviers,
J’ai dit de pauvres mots comme bonne nouvelle :
J’aimais déjà tes saints et ton cœur en javelles.

De plus loin que perdu parmi mes illusions,
J’ai plagié Rubempré par de vains manuscrits ;
Je voulais le Goncourt et j’en fis des brouillons,
Le public ne me chaut : c’est à toi que j’écris.

De plus près qu’effleurer, j’ai tutoyé ta bouche,
Pour ne rien te cacher, je cherchais l’escarmouche,
Du combat singulier au fleuret que tu forges,
Tu perdras ton bustier et tu me rendras gorge.



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