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J’ai commencé par lire et relire. Je humais l’odeur de la feuille, la forme des voyelles, les couleurs qu’on entrevoyait d’entre les syllabes. A un certain moment, j’ai senti un grand besoin de poétiser. J’ai écrit des bouts rimés, des odes, des sonnets, des dithyrambes. C’était une manie : souiller une page de mes émotions et mes sensations. Puis, j’ai brûlé toutes mes feuilles et j’ai cherché un remède. J’ai voulu m’émanciper de cette psychose en me submergeant dans la lecture. C’était inutilement… . J’ai cherché un autre remède et j’ai trouvé le récit, la nouvelle. Si ce n’était pas vraiment une cure définitive, cela était, au moins, un sédatif … Un sédatif qui perdit, au fil du temps, son apport réconfortant. Alors, j’ai brûlé toutes mes feuilles et j’ai cherché un autre remède. Je n’ai trouvé que la lecture et la relecture. Pourtant, il fallait poétiser, agencer des syllabes et des mots. J’ai tenu un journal intime et j’ai écrit un texte autobiographique de deux cents pages que j’ai brûlé aussitôt. L’écriture était une fin en elle-même. J’ai tout essayé contre l’obsession de la plume et de l’encre. Enfin, je me suis persuadé de l’inutilité de toute tentative de fuite. Il fallait faire de la poésie une vocation. Je ne brûle plus mes feuilles. Je les partage avec les autres mais je remplis mes mots d’un sens moral, un sens moral qui va au-delà des conceptions du bien et du mal ; je les remplis de « leçons  » de puissance et de volonté.



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