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Éloïne,

Les blés ne seront plus coupés ô jolie Éloïne,
Les cloches depuis peu ont cessé de sonner,
Le village n’est plus qu’un triste champ de ruines,
Les vieux s’en sont allés, sous la pierre allongés.

Les pipeaux se sont tus, qui dans les rangs de vignes
Encourageaient les hommes qui peinaient ruisselants,
Quelques rares curieux passent ici et se signent,
Ah ! S’ils avaient connu ce lieu en d’autres temps !

Toi même as disparu ô jolie Éloïne,
Depuis qu’un malandrin t’a laissée un matin,
De son cœur amoureux tu n’es plus l’héroïne,
Il est parti très loin, ignorant ton chagrin.

Où donc es-tu passée toi la belle andalouse,
Qui faisais près de lui s’envoler ton jupon,
Quand les filles alentours se montraient fort jalouses,
Elles qui convoitaient l’amour de ce garçon.

Tu étais un bijou, femme exquise et sereine,
Ton corsage jamais n’a glissé sous les mains,
Des hommes empressés devant ton port de reine,
Un seul t’intéressait, hélas l’amour fut vain.

On t’aurait aperçue au bord d’une rivière,
Ton regard se perdant dans le calme des flots,
Tes mains jointes à ton cœur, comme si en prière,
Tu venais y noyer quelques uns de tes maux.

Depuis on ne sait plus, tes fenêtres sont closes,
Comme toutes d’ailleurs fermées à tout jamais,
Il ne reste de toi, que de modestes choses,
Si ce n’est ton sourire qu’on ne peut oublier.

Parfois quelques corbeaux viennent frôler les ruines,
S’y posent et observent cet endroit dévasté,
Par l’usure du temps et l’absence qui mine,
Puis d’un croassement, prennent leur envolée.

Il n’est plus du village que pierres qui s’agglutinent,
Qui glissent par moment sous la force du vent,
Sous leurs monceaux se cachent, des histoires intimes,
Adieu belle Éloïne, tu étais un diamant.

© Danièle Labranche



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