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J’ai écrit ce texte en rentrant de l’hôpital, il parle du cancer, de l’amour, du regard des autres sur vous, de la peur des proches, de la question de la mort et de la fin d’un certain amour pour la même femme, puisqu’il y a le « d’abord et l’ensuite », il parle de Dinard, de Cancale, de l’océan vital.

Fin d’amour.

I.
Cours ! Parcouru d’un saut d’enfant, le môle
Et la jetée, elle, imposante, gréée, tirerait les marinas,
Horreurs debout.
Près des écluses que l’eau frotte comme une gelée douce,
Il y a quelques patients.
Le long des quais, ils lorgnent les deux-mâts
Sans sentir sous leurs pieds, les anneaux rouillés,
Attaches passagères, symboles des meilleurs prix de la liberté.
La ligne, au loin, asphyxie le bruit désolant des diesels.
Les rives de pierres blanches disent l’histoire.

Et toi, depuis des années sans temps précis,
Aux regards, plaintes écartelées, paumés,
Douce, impatiente et lassée,
Presque sans visage, qui traverse tout
Et qui laisse dans les matières,
Les traces des blessures,
Tu t’en allais.
Des bribes de toi ailleurs, un autre sait
Sans doute.

Il y eut des moments précieux,
Longs comme certains couloirs
Qui ont pour langages les cris enfantins.

Ce jour-là, la chaleur avait sorti ses boîtes
Et ses plus longues vis.
Le ciel fut martelé deux cent cinquante-cinq jours,
Jusqu’à la forme parfaite ; c’est ce qu’on m’a dit !
Allez le voir, il est là-bas le bel enfant,
C’est ce que l’on disait ce jour-là.
O ! Tes regards inconnus sur lui.

Puis on remise les années.
Flash, quelques dates, rires et émotions,
Silences.
Autres pages.
Combien de matins, j’attendais
De revenir
De ces places vides
Qu’on arrange à son goût ?

Je préférai souvent la nuit au jour,
Lui trouvant certaines couleurs usées,
Mal arrangées, aux rencontres propices
Avant le coup de serpe.
Elle avait ce lait qui grignotait la hauteur des récipients.
Je découpai la lune dans une bouée,
Son ciel dans un bandage,
Les océans dans les vapeurs.

Vingt ans plus loin.
Il n’y a rien derrière moi, pas encore,
Tout est à mes côtés.
En vagues lignes
Dans lesquelles, il faut aller trouver.
En groupe aussi où l’on se mêle.

Et au temps des marches calmes,
Les lignes dans l’élan ondulent,
Se rencontrent et fusionnent
Et la serpe siffle.

II.
Quelques amis reviennent toujours dans la même situation, alors les souvenirs donnent un concert dans une salle trop petite. Pour trop de places vendues et la cohue se déploie jusqu’à nos pieds d’aujourd’hui. Sans visage argentique, nous feintions d’être des sculpteurs, nous inventions le lecteur, la voix, le texte et les intonations. Maintenant, les souvenirs chahutent et le temps prend d’autres dispositions. Que de places brunes qu’égaient des pétillements de couleurs, que de chaises glacées, que de larmes en moins. Les anniversaires s’entrecoupent et les bougies n’ont pas le même nom. Il y eut, il y aura des tragédies inconsolables, des béances aux abords friables et le pire qu’est survivre aux enfants.

III.
Nous avons pris des murs
Qui nous ont rendus légers.
Décrassés des sols
Pour nos propres pas.
Capturés des lieux
Sans apprendre le paysage.
Face à l’autre
Et dos contre,
Côtes à côtes.

IV.
Nous déplacions autour du brouhaha de la même ville.
Des impulsions nous en éloignaient
Jusqu’à vivre dans le non-bruit des collines.
Les années ? Des sagaies, des rayons
Au travers du temps et ses grilles
Qui ajoutées à d’autres forment une tôle.

Aux sons clairs d’un bâton qui tapotent les barreaux
Fait place un bruit corrodé,
Court ou ample selon le sens des souvenirs,
Mais vibrant avant le coup de serpe.

V.
Je passai tellement de temps appuyé sur le matin…
La lune trace ces heures sinon, c’est le gouffre intérieur.
Tout n’est que chute et miettes,
Pépites aux ombres de planètes
Qui ,denses, dans le vide posent.

Parfois, c’est la lampe de chevet
Qui éclaire le rebord de quelques choses
Et elle offre dans sa masse lumineuse
Une approche transformée,
Réel, proie poétique,
Oiseaux ascensionnels,
Microscope appuyé sur le ciel,
Astrographe dans les entrailles.
Tout à la fois.

Pupitre de jambes repliées,
Debout le plus souvent,
L’esprit s’écorche sur les murs de la maison.

Aux aguets des premières lueurs,
L’intuition enlace tout ce qu’il est possible
Et quelques volatiles cotent le matin.

VI.
Et toi, tu dors,
Un côté rougi
Et l’autre brûlant,
Le dos et le ventre
Douloureux,
Prise dans tes rêves
Obscurs.

VII.
Je grimpai souvent sur l’enrochement,
Laideurs obligatoires,
Et attrapai ce que je préférai ; l’éventail
Marin aux pressions perpétuelles d’où sortaient,
Magie des masses, quelques parcelles de terre,
La partance des cargos,
Des divisions d’oiseaux,
Quelques îles mobiles.

C’était le premier jour avant le coup de serpe,
Je ne sais plus la place,
Ni les traces, ni le vent.

Je me souviens de l’embarcadère,
Pente de béton griffée aux pieds de salade,
Des relents de gazole harponnant les sinus,
Du soleil enduisant,
Des courants entre deux appuis de granit,
Mercure tranquille du jour suivant
Qui cherchait en vain un support,
Des amarres cédées pour Jersey,
Du bruit rond des moteurs,
Du troisième jour,
De ce qu’il fallait laisser.

VIII.
Mes livres comme marque-pages ont gardé cette liste
De chimie contre la douleur
Et aussi un croquis à la guise des jours.
Lèvres avant et bouche après,
Une crevasse jusqu’au menton,
Le soin de la serpe.

IX.
Fin d’amour au quatrième jour.
Que les choses eurent ce mal
À redevenir poétique.
Tout était ce qu’il devait être.
Ni plus ni moins,
Ni sauf.

X.
Puis les mouettes reprirent leurs danses planantes
Et les goélands leur cou périscopique,
Les nuages, leurs chariots
Et les senteurs, leur poivre ilien.

Et toi, tu n’avais pas vu cette porte entrouverte,
Son rai d’avant
Qu’en partant,
Je pris soin de refermer.

XI.
Fin pour fin à nos amours entières
Où qu’elles nous semblent.
Ne plus y être enfin,
Les laisser
Derrière soi.



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