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Acte I

De Valmy, j’ai vu le frimas s’élever de l’étang salé, pour s’unir à l’embrun repoussé de la méditerranée. Au revers de la cime, Santa Cruz est perché, où se cachent encore quelques nuées écarlates du ponant, d’un jour qui part, rompu de ma destinée.

A son tour le crépuscule s’avise, traînant avec lui son manteau de jais, à ses moments qui arrivent, la nuit me portera conseil, et qu’elle m’apaisera l’espoir d’un jour meilleur pour sustenter ma rapacité, car je suis l’enfant qui ne se calme, qui ne se rassasie pleinement l’appétit.

Que deviendra alors ! Mon coursier lorsqu’il sera à la belle étoile. Quant-il s’échoit harassé par ce long périple aux illusions fichues. Au stress qui se mêle à mon visage, et le jour à son phare s’éteint, rompu par la brume qui s’échoit sur la ville avec une pluie fine fouettant mon visage et sur mes guêtres son eau fuse et elle s’éponge sur ma pèlerine étendue sur les jarrets de mon coursier et qui lui rafraîchit l’haleine assoiffée.

Je suis de retour épuisé, blanchi sous le harnois, je suis venu élire retraite auprès de chez toi avec une dignité Modeste, pour tous les loyautés offertes à mon Sir, sans que je sois récompensé, sans être compris ou aider de mes proches, mais je passe outre et tout cela m’est égal car je ne suis, ni Socrate, ni Jésus, ni Lutter, ni Copernic et autan notre prophète agressé par ses siens à Taiëf en Arabie. Eux aussi ont été victimes de l’insensibilité humaine.

Il est temps de faire mon bivouac, établir mon campement pour accomplir mes ablutions, – on me mettant à dos de ce couchant qui fui avec son temps, – et de rendre le devoir dans mes prosternations, sans scruter le chemin d’où je suis venu. A l’heure où s’humilient les féaux à leurs ultimes prières d’une pénible journée, me projetant dans un mythe de la terre de mes ancêtres, m’assignant au temps où les murailles cernaient la ville de Seyidi El Houari  »Oran » ; le sage pieux à son cénotaphe, est triste au sort de sa cité. Quand la multitude s’offre le soir a des excès jusqu’au petit matin. Quand ego, reste vigile, loin des remparts, à attendre la colombe, tenant à son ergot le mot d’écrit de ma bien aimé.

Je suis le comble des Cid, – ayant pris part au combat, au côté des troupes de l’émir-, restant au aguets non loin de tes pénates à ces lieux proches des miens, attardant le crépuscule ébène se libérer de l’orient d’où je suis venu. N’est-il pas Dit : ‘’que le résultat de toutes nos actions c’est de fuir la douleur et l’inquiétude et que, ce terme atteint, l’homme croit être au comble de la félicité’’.

Ce soir, cette extase qui se fait ressentir m’accompagne sous ce firmament constellé, où la lune par Ses éclats, éclaire les pénates de mon bien aimé, où s’égarent mes pensées ; où les bras s’ouvriront demain pour m’accueillir dans la sérénité, ils m’enlaceront contre la chaleur de leurs seins dont j’ai été privé après ma naissance, quand les cœurs dégageront l’exultation pour embaumer les séquelles de ma nostalgie. Néanmoins, je vois devant moi l’effigie de cette femme marocaine qui se présente à chaque fois devant moi, dont j’ai tété le lait de son sein durant mon enfance. Je me rappellerai toujours d’elle car elle continua de nous rendre visite jusqu’aux moments ou j’ai atteins l’âge à me rappeler de cette mère qui ma allaité.

Oh ! Ma chère, ta présence se fait sentir à mes quartiers où s’entrevoit à l’instant le charme de la nuit. Dans ce crépuscule céleste dominé par le zéphyr qui courtise les premiers quolibets printaniers. La femme dont je veux aimer, est bien là ! Impatiente, là-haut sur le faîte de la colline où se découvre sa demeure, où s’émane de la prairie l’odeur des vrilles vertes et celle des papavéracées.

Je me rends compte des sentiments qui affluent à l’instant, sur le cours de mes émois et qui fusent rien que pour toi, qui s’exhibent autant que mes émotions en fusion. À mes quartiers, tes pensées s’installent pour un moment sous ma tente, me livrant à la gaieté.

Tu es là impatiente, je le sais, depuis cette fin tragique, quand ton homme s’est échu au champ d’honneur, il a péri dans l’assaut livré aux pieds de murailles d’Oran, où l’émir est sorti idem, sauf son étalon ébène, qui fut blessé à son jarret par un éclat d’obus. Ton partenaire n’est plus là, et je ressens ta détresse empressée le jour, quant à la nuit, tu te replis sur toi-même, tu es offerte au sort qui t’emporte à vivre l’espoir qui te relaxe à réclamer l’amour disparu.

Oh auréole des compagnes à la toison dorée, tu es là ! À m’attendre sans espoir là haut sur ton palier, scrutant l’horizon des collines vertes, qui auréolent l’étang, où mon chemin ne mène à tes pénates ; j’ai fait ce détour délibérément, pour n’attirer l’attention d’aucun pâtre jaloux qui s’attarde en cette fin de journée, et surtout, pour n’éveiller aucun, flaire, de labradors qui sauront découvrir dans le passage du zéphyr la présence de mon odeur, et de la sorte mon bivouac sera compromis.

Quand le jour se lèvera, et que l’horizon à l’orient sera rougi,comme une tache rouge collé à tes yeux d’azur, je dirai que le monde s’est endormi à yeux mi-clos et toi autant privé de ton sommeil à attendre le passage de la nuit, dénombrant les étoiles là haut sur ce plateau, assiégé par l’amertume.

Tes larmes te trahissent dans l’obscurité complice qui protège ta discrétion à garder ton silence. Tu es là, seule à pensé à moi je le sais après tant d’année d’attente. Oh ma chère ! Je suis venu, et me voilà avec tous mes maux, et peut être aussi mes défauts, mais soyez convaincue, que mon cœur est saint et autan fragile, prendra-tu soins de lui ? Je te serai en échange fidèle pour tout le temps qui me reste à vivre. Je serai heureux de l’honneur qui m’adoptera et qui m’enivrera à la thébaine pour faire jaillir ma joie, et qu’elle réintègre de nouveau au plus profond de mon âme. Je là vois venir comme nul ne peut la sentir, Je là vois même dans mes fantasmes les plus affables.

Je suis arrivé par cette fin de journée saisonnière, désempli de tout amour trompeur, pourras-tu alléger le spleen à mon âme. Quel remède peux-tu m’administrer…pour faire guérir le mal de mon passé, contre le bourreau de mon âme qui me pourchasse pour me faire trépasser. Soyez donc soigneuse à appréhender ce mal qui veut s’abriter en moi, cette solitude mordicante qui me torture l’âme, peux-tu venir demain l’atténuer et sécher mon larmoie, vient taire mon avidité charnel que libérera ton corps.

Je viens d’être repoussé comme si j’étais un arsouille rebattu, comme un épicurien, malheureux qui refuse de se fier à tout l’amour fallacieux, je veux que cet amour soit, en propension de ma croyance, un amour dont je n’ai jamais voulu le découvrir ; car je désire être glorifié en réparation du bien que j’ai tant bâti pour une amitié en vain qui m’a trahi. Pourras-tu m’embaumer par cet honneur, protéger mon cœur affaibli d’isolement, où je communie en aparté ; dans la plénitude de cette nuit avec mon âme carmélite et le cœur qui bat pour toi.

J’attends le jour se lever, pour te voir en proue sans avoir connu ton visage, mais à l’instant je me noue à t’écrire sous la lueur de ma chandelle rapetissé, pour être moins solitaire ; un imprenable par ma poésie, c’est en te procréant dans mes odes que je décroche ma gloire, et que je me libère de ma solitude, en me confessant sans déguiser mes défauts, n’est-il pas dit que les faux gens sont ceux qui déguisent la leur.

Je suis à présent dans le comble de ma félicité, dans une quiétude absolue qui me berce, qui me fait fuir de la calamité vécu par le passé, jusqu’à ce jour où la première lueur du jour, s’entrevoit entre les bribes de tissu qui forment ma tente et au petit matin j’écouterai les fredonnements des chardonnerets qui se feront entendre par leur jacassement, comme pour accueillir la clarté du jour, ce grand Seigneur qu’acclament les cléments.

Ah ! Qu’elle est belle cette nuit à la belle étoiles, où ton absence a biaisé mes instants consumé ; elle aurait pu être doucereuse à l’éventail de tes gorges qui s’ouvrirent aux moments de tes caprices où je n’ai pu jouir de leurs haleine.

Habile ma chère tu as celé l’amour qui brûle en toi, qu’aucun ne peut discerner, sauf mon cœur
Jaloux qui s’exalte pour toi.Les flamants roses libres au matin seront présents à l’étang pour becqueter à l’évaser de l’affluent, et, au ciel blafard, les mouettes folâtres, voltigent épiant au dessus l’étang les bulles qui se forment en surface par les crustacés inassouvis. Mon cœur à son tour bat au rythme, à l’approche de ta fragrance et aux bruits de tes pas. Ta présence se fera sentir, aux instants imminents de notre rencontre.

Que tous les gens qui prouvent le besoin d’être aimé se retrouvent un jour dans ce lieu inhabité par l’hypocrisie. Dans un monde nouveau où la loi qui régnera sera la vertu. Et n’importe qui, ici présent, se conduira sans qu’on lui impose une oppression, une dépendance, qu’on ne peut là supporter. Un monde meilleur, celui des Liesses et des jubilations. Où la haine sera absente avec les gens de mauvais goûts. Je réalise souvent ces vœux perspicaces qui m’illuminent, qui m’écartent à chaque fois de l’ordre de l’usage quotidien, de l’incorrection où nous sommes constamment entraînés.

Viens ma chère avant que je te quitte avec tous mes espoirs, car je ne serai plus de retour et mon départ ne sera qu’un devoir, c’est la rupture d’un non retour. La fin d’une escale aux moments incertains où j’ai vécue des instants momentanés et pour chacun de ce qui me restent à vivre ; je les veux affranchis de ce temps fugitif où son espace est inné, qui ne fini sa course, dans l’inconnu que nous interdisons l’imagination. Viens me voir et ne me pousse pas à dire ce que je ne veux pas évoquer…, de parler d’un amour biaisé et confus, dont je n’ai pu saisir sa félicité par le passé et pourtant je l’ai cru. Celui qui a conduit mes espoirs au trépas. Viens et ne me pousse à dire ce que je n’ai pas dit, ce que je n’aime pas dire, les récits auquel je n’accorde aucun crédit à leurs mots de phobies qui peuvent nous blesser.

La solitude quant à elle, m’a séquestré et aussitôt je lui appartiens. Elle m’a fait oublier l’endroit où j’ai vécu. Un amour de monotonie qui s’échoit, à l’instant où je m’éveille étourdi parmi les miens, Comme si j’étais dans un rêve étrange, me taisant tout au long de mon existence, sans rien dire ; mais j’en ai fait aussi à ma plaisance, et à Présent je le voudrai aussi. Je ne veux pas de trêve, je veux entretenir un peu plus ma vertu, afin permettre d’oublier tout ce qui s’est passé.

Je sombre sans toi la nuit en me courbant le dos, tel qu’un enfant serein dans sa profonde verdeur, alors qu’une femme étrange vient dormir à mon élytre au moment où le sommeil me fige, à mon rêve s’érige cette inconnue que j’ai aimée avant de l’avoir vu. Elle vient à tous les coups me voir dans mon sérail, elle sait déjà qu’il est déserté et que je suis seul, en aparté avec mon âme plaintive.

Plongé dans un bain d’amertume pour un instant de cette éternité. Dans un compte à rebours où mon âge a consumé sa jeunesse, car présentement elle n’est plus aisée, elle ne peut me parrainer sans fin, dans ce microcosme où se culbute ma fatalité. Alors je me refuge à rêver dans l’écriture pour oublier ce que je suis devenu, pour parvenir à mon quiétisme, dans cette obsécrations que j’adresse à la conscience divine afin qu’elle atténue les maux de mon temps révolu.

Ah ! Merci la poésie, qui me fait bâtir dans l’imaginaire la voie d’un sens à l’autre, du réel à la faculté de créer, de l’idée au fait précis. Je la décris dans un mythe pur que ma pensée me dicte, – pour atténuer l’esprit de son néant qui s’accroche -, en m’immergeant dans les vœux les plus quiétistes. Je veux me retirer en moi-même car nulle retraite n’est plus tranquille ni moins troublée pour un homme tel qu’ ego, sauf dans son âme il retrouve sa sérénité.



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