Partagez

A celle qui me demandait si j’étais un être spécial
J’ai répondu que j’ai vécu en évitant d’être banal.
Assez belle gueule, paraît-il sans être narcissique,
Progressiste, demeuré jusqu’à la moelle classique.

Galopin, mi-futé mi-polisson étant jeune puceau
Sans jamais être effronté ni canaille loin s’en faut.
A 20 ans la paperasse dans un bureau où l’on me terre
Eût raison de moi, sans être soldat je partis à la guerre.

Le déracinement, dormir transi sur le quai d’une gare,
Un foyer d’étudiants, quelques accords de guitare.
La semaine au pain rassis, rêvant d’entrecôte et de muscadin,
Les jours de fête, à l’une des boucheries chevalines du coin.

Les intermédiaires avec leurs petits travaux au noir
De mon labeur j’avais juste de pas crever de désespoir.
On me saigne à blanc, mes mains sont devenues calleuses,
Plusieurs rhumes, deux bronchites, la dépression nerveuse.

Fallait pas oublier les études, n’était-ce pas pour ça que j’étais là ?
Dormir peu, demander le savoir, mettre les bouchées doubles,
N’en souffler un seul mot à Maman et Papa qui étaient si loin là bas
Ne jamais leur demander un sou, ne pas les mettre dans le trouble.

Fallait rester d’airain, garder le moral, continuer à sourire
Ne montrer mes larmes qu’à l’oreiller, subir en silence le pire.
L’année d’après je succédais à Mr. Vermont, le vieux gérant
Je devenais ainsi la nouvelle autorité du foyer d’étudiants.

Du temps, j’en avais à présent, fallait le mettre à bon-escient,
Avoir plus d’une corde à mon violon, revoir mes engagements.
Fonder un orchestre, monter une troupe de théâtre.
Vorace en lectures, admirer une statue en albâtre.

Marcher dans la foule, dans toutes les manifestations
De Bruxelles à Bruges et de Liège à Louvain, l’agitation,
Crier notre haine au racisme, notre refus de l’oppression.

Il y a eu certes les guerres sournoises par procuration,
L’emblématique Oncle Sam, Le méchant gendarme
Avec ses B26 de ses retranchements à Saïgon,
Arrosait Hanoï au Napalm, et ses civils en larmes.

Et les femmes dans tout cela ? Me diriez-vous Madame,
Elles sont toute ma vie et les défendrai jusqu’à rendre l’âme.
Je rêvais d’un monde meilleur, fallait poursuivre la contestation,
Affronter la flicaille, les canons à eau, dénoncer les persécutions.

Avant le Vietnam, Russes et Américains avaient testé
Leurs forces de frappe dans la presqu’île de Corée.
Trois années de guerre, près de trois millions de victimes,
Et le retour au 38ème parallèle après une partie d’escrime.

Dix années après Dien Bien Phu, on commençait à oublier
Qu’en 57 à Alger, Bigeard et Massu avaient installé
La baignoire aux électrodes, les interrogatoires musclés.

Puis, ce fût la Baie des Cochons où il fallait faire taire
Ceux qui ont déposé Batista, ces valeureux insulaires.
Affamer tout un peuple uni et solidaire derrière son héros.
Un barbu irréductible tirant sur son cigare, Fidel Castro.

Les rouges sous l’étendard du marteau et de la faucille,
Avaient envahi Prague sous le crissement des chenilles.
En une nuit, prît fin le rêve du socialisme à visage humain
Dubcek et ses compagnons avaient été livrés au Kremlin.

Pendant qu’au Katanga, Les «  affreux » de Bob Denard
Paradaient à Lubumbashi, dans leurs tenues léopard.
Avant de regagner la Métropole via l’Angola bien peinards.

La tâche pour les Yankees n’était pas près de se terminer,
Il restait Allende, Neruda et le Che à traquer, à immoler.
Quoi de plus aisé, ils avient déjà réussi à éliminer
Martin Luther King Jr. et Malcolm X, rien à parier.

Tandis qu’au Biafra en guerre, la famine s’installe
Deux millions de morts affamés ou criblés de balles.
Alors que les Herman’s Hermits chantaient très allègres
« No milk today », on se taisait, c’était chez les nègres.

Voilà Madame, ce jeune-homme là c’était bien moi
Le volcan s’est endormi mais je garde toujours la foi.
Il n’appartient qu’à ceux qui m’ont lu ou connu
De décider si j’ai été un Homme ou un farfelu.

Abid HMIDA



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
5 sur 2 votes