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Malgré mon esprit mort, malgré mes impotences,

Tu me tiendras la main présente à ma survie,

Au chevet de mon ombre et diserte au silence :

Je ne t’entendrai plus, mais j’aurai Gergovie.

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Le seul combat qui restera dans ma mémoire

Comme un morceau de choix, comme un moment d’histoire,

Quand la légion plia devant le cœur Arverne,

Jusqu’à lever le camp et mettre Rome en berne.

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Quand auront disparu les vers et les rampants,

Au bout des mots, des beaux discours et des harangues,

Ceux qui m’auront léché jusqu’à s’user la langue :

Les flagorneurs, les cajoleurs, les courtisans.

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Malgré mon cheval mort, malgré ma sénescence,

Tu m’accompagneras insensible à la pluie,

Au chevet de ma guerre et femme en Résistance :

Je ne te verrai plus, mais j’aurai Gergovie.

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Le plateau de ton cœur et celui de ma gloire,

Et d’aucune conquête, et de toi, ma victoire,

Rentreront les Platon dans leurs sombres cavernes,

Rentreront les Romains dans leurs tristes casernes.

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Quand auront disparu les bossus de courbettes,

Au bout des mots, des boniments et des mensonges,

Ceux qui m’auront volé jusqu’à la clef des songes :

Les resquilleurs, les prédateurs, les pique-assiette.

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Malgré le croque-mort, malgré moins d’existence,

Tu veilleras sur nous et sur ceux qu’on oublie,

Au chevet de mon cœur et prête à la romance,

Je ne te pourrai plus, mais j’aurai Gergovie.

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Comme un sommet de nous, une bataille aimée,

Le jour où j’ai vaincu le nombre et les armées,

Quand tu guidais mon peuple un peu dépoitraillée,

Les yeux sur l’horizon, la cuisse encanaillée.

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Quand auront disparu les enfants des blacklists, 

Au bout des maux, des choléras et des balafres,

Ceux qui m’auront trompé jusqu’à mimer le Christ :

Les faux mendiants, les souffreteux, les rois des affres.

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Malgré le chant des morts, malgré le Requiem,

Tu m’offriras encore un refrain d’Eminem,

Au chevet de mon âme et prompte à mes folies,

Je ne répondrai plus, mais j’aurai Gergovie.

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Ce fut un coup de foudre au milieu des collines,

Un long baiser de Teutates pour Epona,

Parmi ceux que jamais un amant ne donna

Dans le parfait mépris des prisons Mamertines.

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Quand auront disparu les druides et les bardes,

Que nous ne mettrons plus des habits, mais des hardes,

Et que nous paraîtrons plus divins que mortels,

Ce qui nous a unis, s’écrira dans le ciel.

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Malgré la male mort, malgré la renaissance,

Tu me retrouveras dans le camp des impies

Comme un guerrier encore, agrippé à sa lance,

J’aurai perdu Strabon, mais j’aurai Gergovie.

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Je fus un vergobret qui brandissait Vénus

Comme un fleuron de guerre, un oiseau de Brennus :

Il planait sur ma Gaule et chassait les Romains,

Se posant sur mon ventre avec un souffle humain.

Quand auront disparu les cercles de poètes, 

Au bout des mots, des virelais, des élégies,

Parmi les ignorants et les analphabètes,

Nous resterons tous deux amants de Gergovie.



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