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Quelle est donc cette singulière hamadryade ou naïade qu’on aperçoit parfois de loin dans la campagne, à la lisière des grands bois ? Ostensiblement sauvage, elle semble uniquement éprise de sa liberté et de sa solitude. Personne n’a jamais réussi à l’approcher, elle est bien trop évanescente !
A la tombée de la nuit, elle gagne la forêt la plus profonde, aux endroits les plus sombres. Bien abritée sous les fougères géantes, elle fait son lit sur la mousse séchée et les feuilles mortes à moitié décomposées. Elle se couvre de sa cape rouge.
Le garde-champêtre qui l’a entrevue plusieurs fois et qui l’a observée discrètement, pense qu’elle est Artémise car elle porte sur son dos un grand arc et un carquois rempli de flèches à la pointe en fer.
En réalité elle ressemble plutôt à la Diane des premiers Latins car, au lieu de consacrer son temps à la chasse, elle protège constamment les animaux sauvages. Elle ne se déplace presque jamais sans une imposante escorte de trois chiens fidèles, de nombreux cerfs, loups, lynx, ours, corneilles et autres bêtes de ces lieux. Les paysans du village le plus proche la nomment « Danaé Londine ». N’est-ce pas plutôt pour se protéger de l’approche des humains, mâles surtout, qu’elle s’arme comme une Amazone ? Car elle porte aussi un sabre en acier à la ceinture. Elle aime par-dessus tout son indépendance et ne veut s’attacher à rien ni à personne.
Tantôt blonde, tantôt brune ou rousse, on la croit vouée à la virginité et pourtant elle prend bien soin de son corps : elle se baigne souvent dans le Chawion ou le Ninglinspô sans craindre les regards indiscrets. On devine qu’elle se sent belle et qu’elle aime qu’on s’en aperçoive. On raconte parfois qu’elle rend visite le soir aux Nutons dans leur caverne, mais il s’agit de simples ragots. En effet ces nains insolents ont disparu depuis plusieurs siècles. Des enfants qui allaient glaner aux champs, l’ont entendue chanter : « Quand la nuit se pose, quand les choses se reposent, quand les paupières se closent, comme une rose qui se replie, en cet unique instant entre rêve et réalité, je passerai inaperçue te laisser un tendre baiser ».
A présent les femmes maltraitées par leur mari ou par leur amant, menacent de quitter à jamais leur foyer, de la rejoindre et de la suivre, sous la protection de Dame Nature. Mais Danaé pourra-t-elle jamais s’accommoder de la présence de personnes si ordinaires et accoutumées à un train-train quotidien ?
Son existence appartient au domaine du rêve et de la barbarie, elle se tient à l’écart de tout contact possible avec la société humaine. A minuit elle s’assied parfois sur un croissant de lune pour y jouer de la flûte.



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