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Ce bois étrange m’emplissait d’angoissantes pensées, tant sombre était l’allée qui ne voyait jamais le soleil tant les futaies étaient hautes. Les troncs, étranglés par les lierres, lançaient parfois quelques tiges qui enserraient d’autres arbres, si bien qu’il fallait passer en se courbant sous le tunnel feuillu.
J’allais pourtant y ramasser, dans l’humus humide, les herbes que mémé Fine m’avait appris à conserver.

J’avais six ans. La guerre encore sévissait mais Joséphine connaissait tant de choses que je n’ai jamais vraiment souffert de la faim tant que je fus près d’elle.
Au cours de nos promenades nous allions récolter toutes les richesses cachées dans les simples brins d’herbes. Pour commencer elle m’apprit à reconnaître et ramasser l’Achillée millefeuille, lorsque octobre couvrait d’or et de cuivre les bosquets. Mamé s’en servait pour faire baisser sa tension ou arrêter le sang lorsqu’elle se coupait. Mais elle en mettait aussi dans son grand baquet l’eau, où pourrissait déjà l’ortie, afin d’en arroser son grand jardin pour le fortifier et protéger ses plantes de toutes les maladies.
Arrivées au bord du ruisseau, que nous devions sauter, nous récoltions le cresson sauvage et la menthe et, dans le coteau montagneux, là où seules poussent les herbes rases, nous faisions belles récoltes en fin d’été des myrtilles qui me tachaient les doigts et le tour de la bouche ; Mémé disait que c’était grâce à elles qu’elle y voyait encore sans lunettes…
– pourtant elle me faisait toujours enfiler ses aiguilles et cela me faisait sourire.

Après nos courses dans les pâquis, nous nous arrêtions sous un arbre, je crois bien que c’était un sorbier car depuis j’ai revu ses fruits et les ai reconnus. C’est là que mamé installait des pièges plus grands que souricière, pour attraper de petits lapins de garenne qu’elle ramenait pour les faire grandir, dans son clapier au fond du jardin. Nous revenions lorsque le soleil commençait à manger l’horizon, nos paniers bien garnis et un beau bouquet d’asphodèle que Mamé allait placer dans un vase au cimetière ; là où reposait Papé Toineau.

Souvent je songe, lorsque mon esprit éthéré s’en va rejoindre Joséphine, à tout ce qu’elle m’enseigna et alors c’est comme si j’entendais sa voix dans le murmure du vent s’infiltrant dans la ramure ;



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