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J’entends encore des pas. Ce sont les mêmes pas depuis dix ans. Ils y trouvent du plaisir. Ils veulent me voir derrière les barreaux. Pourtant, ils me préfèrent enveloppé dans un linceul. Ils parlent sans ouvrir. Ils viennent toujours pour parler sans ouvrir. Ils n’aiment pas ouvrir. Ils ferment le portail de fer une seule fois mais ils ne le rouvriront jamais. Ils sont à la fois des censeurs, des passionnés et des geôliers.  » Voulez-vous être ivre de poésie comme moi ? » je les interroge … Ils en boivent.  » Pour quand le coup de grâce ?  » je les interroge encore.  » Ne précipite pas les choses !  » Ils me répondent. Ils boivent jusqu’à la lie les poèmes que j’ai écrits hier. Ils chantent pourtant la gloire des ouailles.  » Quand le coup de grâce ?  » J’interroge une troisième fois.  » Nous y sommes !  » ils répondent.  » Pourquoi chantez-vous toujours l’amour ?  » disent-ils.  » Il est synonyme du printemps. Le printemps, comme vous savez ou comme vous ne savez pas, est éternel » je les réponds.  » Pourquoi, alors, nous proposez-vous des poèmes diaphanes ? Nous ne voyons que la nuit alentours ?  » Me disent-ils encore.  » Car j’écris ce qui est en mon âme et non pas ce qui soit dans les vôtres, cela dit si vous en avez bien sûr ! » je dis à mon tour.  » Pourquoi buvez-vous chaque soir ?  » disent mes geôliers.  » Ma muse aime les contes du soir: » je réponds.  » Comment voulez-vous en finir ?  » ils m’interrogent.  » En lumières. Je veux une fin étoilée. »  » Buvez de mes poèmes » . Ils lisent encore longtemps.  » Je vous demande seulement deux minutes pour écrire un dernier poèmes à ma muse ». Ils partent sans en finir. Ils prennent dans leur main mon vin du soir.



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