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J’ai appris, en naissant, le pouvoir du présent,
N’ayant point de passé, je n’émet nul jugement,
Et me sens libre, enfin, doté de l’innocence,
Me préparant à vivre, bientôt, l’adolescence.
Nul doute que cet âge ne peut être coupable !
Insouciance, jeunesse, tout semble agréable
Puis vient l’âge adulte, sans doute exécrable,
Et enfin la vieillesse où rien n’est formidable !
L’on apprend, tout enfant, les limites du savoir,
L’on apprend, en adulte, les attraits du pouvoir,
Cependant, l’on découvre le poids des devoirs
Sur les droits, enfermés à jamais au fond des tiroirs.
J’ai appris que « parler » vous mène à votre perte.
J’ai appris que « se taire » ne sert plus à rien.
Si, à votre langue, vous laissez « porte ouverte »,
Vous taire peut vous nuire, sans avantage aucun.
J’ai appris aussi que lécher la main, parfois sale,
Que l’on voudrait bien mordre, à tort ou à raison,
Ce geste de soumission, devenu trop banal,
Vous évitera surtout de subir l’exclusion.
J’ai appris aussi que la personnalité
Celle que chacun se forge et assume
Créera aussitôt toutes sortes d’inimités
Et la tête bien pensante finira sur l’enclume.
Dans la vie, s’orner de certaines qualités,
Mène plus à l’isolement qu’au respect mérité
Et que si les défauts s’expriment librement
L’on dira, avec crainte : « Quel beau tempérament ! »
Un « fort en gueule » est bien plus écouté
Qu’un sage raisonnant ses auditeurs !
Et celui dont le cœur a toujours palpité
Devient, pour l’assistance, un simple enfant de chœur.
Démosthène mettait une pierre dans sa bouche
Pour éviter de se retrouver sur la touche
De devenir « Cassandre », prophète de malheur
Annonçant à Priam la guerre et ses horreurs !

Et je ne sais plus si parler ou se taire
Arrangeront mon avenir
Enfin ! Si c’était à refaire,
Je laisserai les choses courir !



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