Partagez

J’ai longtemps admiré mon grand-père
Pour son aptitude à tirer le feu dans sa pipe
La flamme qui se recourbait et pénétrait
Dans celle-ci comme mue par un génie.

Cette magie commençait par un frottement
Toujours imprévisible selon les moments
Sur le derrière de son pantalon, sous sa semelle
Tout ce qui était de bois et même sur un ongle.

Le problème était que je n’avais pas accès
À ces allumettes qui semblaient réservées
Aux adultes pour fumer ou allumer le poêle
Le feu était trop malicieux pour les enfants.

Parfois je passais de longues minutes à fixer
La boîte de bois frêle et blanc qui les contenait
Véritable petit écrin où dormaient côte à côte
Des suédoises serties d’un rubis précieux

Renfermant une flamme petite âme qui montait
Au ciel en volutes de fumée après qu’elle se soit
Éteinte à jamais…je n’en volai que trois ou quatre
Afin que mon larcin passe inaperçu et m’enfuit

Le dimanche suivant j’attendais à la sortie de l’église
Pour vendre mon butin aux plus vieux que moi
Qui fumaient et je fus la risée de tous qui m’apprirent
Que mon trésor ne valait même pas un sous noir

Je garde une blessure à mon amour propre
De cette expérience et me demande encore
Comment un objet si précieux aux yeux des adultes
Et pour l’humanité pouvait n’avoir aucune valeur



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
4.55 sur 11 votes