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Nous nous sommes rencontrés près de l’endroit où
la rivière Saint-Charles se déverse dans le St-Laurent.
Une petite neige tombait en fines aiguilles d’argent
qui frôlaient la peau avec de petits chatouillements.
Je distinguai une silhouette floue sous un réverbère.
Plus je m’approchais et plus je croyais en une vision :
une femme aux longs cheveux, les yeux scintillants
de larmes givrées, semblait vouloir me transmettre
un message en exhalant de petits nuages de vapeur
et en sautillant pour se réchauffer: «je-je-t’attends-
t’attends-depuis-si-si-longtemp-longtemps…»
Je la raccompagnai dans les rues étroites et noires
du Vieux Québec. Rendus à sa porte, elle me proposa
d’entrer, me tenant par la main, et me reçut dans sa
couche, aussi naturellement que le lac tranquille l’eau
vigoureuse d’une cascade. C’était une femme sans
piège ni fard, ni rouge ni noir, ni frou-frou ou nylon.
Dans ses yeux je pouvais voir des plaines d’amour.
Ses seins blancs et chauds se collèrent à ma peau,
ses jambes de velours m’enserrèrent la taille et je
découvris ses aisselles broussailleuses. Elle ne se
donnait pas, elle accueillait : c’était elle la femme
sauvage que j’attendais. Elle me dit : je veux douze
enfants…j’étais fougueux.

Robert Marois – La femme sauvage
image: favim.com



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