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LA GRÂCE DES POÈTES

Enfant je m’évadais au milieu des oiseaux
Voir le monde plus haut, loin de l’instruction vide,
– Las de pencher le front sur Homère ou Ovide ! –
Près des fleurs de sainbois, des arbres, des roseaux.

Vigie dans l’aulne vert, au plus haut du houppier,
Je perchais mes treize ans dans ses bras centenaires,
Regardant mon aïeul, artiste inordinaire,
Ciseler ses quatrains près du grand tulipier.

Solitaire, taiseux, à l’épreuve du temps,
Il parlait avec lui mais évitait les hommes,
Préférant au verbiage bruyant qui assomme
Le murmure d’un vers qui chantonne longtemps.

Grappes d’encre mûries au cépage du cœur,
Pures sagaies de Dieu jaillies de son silence,
Les phrases se posaient –Oh la douce violence
Du tumulte des mots dont un seul est vainqueur ! –

J’ai tant connu par lui ! l’Éphémère et le Beau,
L’humilité de l’Art, la grâce des poètes :
Écouter l’herbe folle et les pierres muettes,
Pleurer avec la rose à l’abord du tombeau,

Croire au Verbe agissant et témoigner des cris
Des errants de la vie sur des radeaux sans voiles,
Jouir d’un baiser mouillé sous une pluie d’étoiles
Et les rejoindre un jour comme il était écrit.

D.H.
( texte protégé)



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