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LA GRANVILLAISE

C’est ici, que cette femme a voulu jeter l’ancre,
Dans cette grande citadelle d’où elle peut voir les mouettes
Dessiner le soleil sans aucunes bouteilles d’encre,
Et décorer les flots de somptueuses goélettes.

Seule, derrière sa fenêtre, elle adore ressentir
La cadence des ondes valsant dans la lumière,
Et s’enchanter devant de belles couleurs saphir
Que les reflets bleutés projettent sur la mer.

Ses rêves se baladent entre les criques et les plages,
La main sur les rochers, les pieds sur les galets.
Elle croise les pêcheurs, ramasse les coquillages
Qui tapissent le monde où elle aime se plonger.

Au mois de février, on chante, on se déguise,
Carnaval de couleurs, nuages de confettis
Barbouillent le ciel morne, la ville et la mer grise
Quand la colère du temps se plaît en Normandie.

Elle ouvre sa fenêtre, elle hume les odeurs
De la belle rose d’or du célèbre couturier
Dont les pépites reposent dans le jardin en fleurs
Et se mêlent aux embruns que les vagues ont laissés.

Ce tableau majestueux, ce paysage sublime,
Le plus cher à son cœur, le plus cher à ses yeux,
Le confident loyal de ses secrets intimes
Est le bel héritage de ses souvenirs heureux.

Elle croit entendre au loin, le hurlement d’un loup,
Quand le souffle du vent se brise sur le phare :
Ce solide colosse qui brille par à-coups,
Lui rappelle sans cesse sa présence dans le noir.

Du haut de ses trois mâts que le béton embrasse,
Pareil à ce marin, libre et solitaire,
Elle surmonte la tempête insolente et tenace,
Et sillonne l’écueil de ses souffrances amères.

Ses humeurs sont souvent, à l’égal des marées,
Des pensés délicieuses ou parfois malheureuses,
Qui dérivent comme le vent, sur les falaises schisteuses
De la pointe du Roc jusqu’aux îles Chausey.

Et même dans le naufrage, au milieu des débris,
Elle s’accroche à la barre du bateau de la vie.
Comme la belle hirondelle si fidèle à son nid
Elle emporte avec elle ce coin de paradis.



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