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Secret dessous le masque, il avance inconnu,
Il a fardé les yeux, arrondi le discours
Soupesé chaque mot, son geste est convenu,
Il maîtrise l’objet et le sens du parcours.

Qui saurait entrevoir sous l’aisance courtoise,
Le pas vif assuré, le charme naturel
Cette vive douceur et le regard qui toise
L’histoire ou le vécu de l’humble ménestrel ?

Pour oser apparaître et parler en lumière,
Il mena le combat contre l’a priori,
Il conjura le trac des grands soirs de première,
Et défia serein l’infâme pilori.

Transfuge du néant, où pouvait-il renaître?
Sur la scène du monde où s’étrillent les rois,
Au fabuleux jardin que seul un dieu pénètre,
Ou chassant le roman des amers désarrois.

Il choisit d’affronter, sans esprit de vengeance,
La tribune falote aux préjugés bourgeois
Qui fait la renommée avec sourde exigence,
Comme on jette au visage un ardent feu grégeois.

L’habileté parfois joue en désinvolture
Et permet de prêcher sans lever le soupçon
Tant le voile charmant habille l’imposture
En soufflant le génie à la contrefaçon.

Le cénacle conquis ouvre l’inaccessible,
Dans la joie et l’ivresse, il brûle ses deniers,
Condamne ses complots, sa rigueur inflexible,
Et oublie en passant, ses zèles chicaniers.

Le talent éprouvé du cloporte tragique
Bouscule l’inertie et les mornes trajets ;
Les lâches vanités de basse politique
S’épuisent sur le front d’impossibles projets.



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