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Toi ma rage dedans et toi ma faim de vie,

Lentement lancinant, ton démon me possède,

Je me brûle à ton four dont le brasier m’obsède :

Ce sera mon festin, ce sera pain de mie.

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Comme Alcibiade, iconoclaste et masculin,

M’affranchissant des dieux, m’asseyant sur tes règles,

Je viendrai mutiler tes Hermès au levain,

Ce sera mon larcin, ce sera pain de seigle.

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Je te dirai aussi : « Prends ! Ceci est mon corps.

Couvre-le de salive et tiens-le comme un mors !

Bois ! Ceci est mon sang, c’est lui qui nous unit. »

Ce sera ton repas, ce sera pain bénit.

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Dans un curieux jour gras de ferveur et de lucre,

Je finirai sur ta montagne et sur ton dos ;

Tu seras ma lumière et mon Corcovado :

Ce sera mon latin, ce sera pain de sucre.

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Je t’aimerai pour Pénélope et pour Ulysse,

T’embrasserai pour le gingembre et la cannelle,

Je serai le marchand qui vogue en caravelle :

Ce sera mon comptoir, ce sera pain d’épices.

.

Pour un tour au Prater, pour un air de Mozart,

Avec le charme hautain des habits d’autrefois,

Nous irons en calèche aux rendez-vous fêtards,

C’en sera fait de toi, ce sera pain viennois.

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Je fais de toi mon tout et mon doux penthotal,

Si je suis Abélard, tu dors au Paraclet,

Ne retiens pas tes mains, mon cœur est cardinal:

Ce sera mon péché, ce sera pain complet.

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Par amour terrassant, par accroc à ton pagne,

Je serai l’occupant, le soudard, le guerrier,

Qui viendra t’arracher de l’âme et des baisers:

Tu seras ma conquête et mon pain de campagne.

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Qu’on ne m’empêche pas de trousser ta chemise,

Ni par veto, ni par rendez-vous défendu!

Que l’on ne me prive pas d’un hiver à Venise!

Ce serait sans effet, ce serait pain perdu. 

.

J’ai toujours su ton cœur et combien il m’est cher,

Bien plus long que le temps, plus rouge que le sang,

Je le savoure au mieux, car je connais l’enfer,

Je le prends à ton sein tant il est mon pain blanc.



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