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1.
La pub est la putain qui racole au grand jour,
Ressassement, marée de litanies vulgaires,
Emplissant notre bouche, enragée à gober,
Exaspérant nos faims jusque dans les plus viles.

Prétentieux et hautains, obséquieux et serviles,
Ses princes fanfarons aiment à dérober,
Artificiers du vide et impudents plagiaires,
Pillant dans l’air du temps l’éphémère séjour.

Et, livré à ce maître usant de banderilles,
Qui vend nos libertés en jurant le contraire,
Dévoyé, notre esprit bat pour des pacotilles,

Fastes verroteries, innombrables vétilles ;
Pour céder à l’encan son âme mercenaire,
Poubelles dégorgeant dans les rues de nos villes.

2.
Comme il est merveilleux l’éden consumériste
Où miroite à nos yeux le clinquant, le factice,
De bonnes intentions, pavé, par inversion,
Comme, dit-on, l’enfer en sa démagogie.

Car nous serons sauvés par la technologie !
Messie contemporain, mensonge, perversion
De l’outil créateur livré à notre vice.
Voici, réinventée, virtuelle, la chair triste,

Les creuses logorrhées, les poses numériques,
Les gesticulations de l’image muette,
Inconséquence creuse embarquée par les ondes,

Voyageant dans l’éther quelques microsecondes,
Pour flétrir à jamais, inutile conquête,
En l’oubli digital des trames magnétiques.

3.
Qu’ils sont beaux ces modèles si photogéniques,
Ces enfants radieux et ces femmes parfaites,
Théâtre où se complaît la société volage ;
Proprement emballés, formatés, bien léchés,

Inepte collection, dérisoires clichés
Où l’homme matériel, pitoyable naufrage,
Rebondit platement de foires en défaites.
Désert de la pensée des foules pathétiques,

Désir sans avenir, destin de tiroir caisse,
Vente en gros, morne plaine où l’on s’en va gésir,
En la guerre sans nom faite à l’intelligence.

Et le bêlant troupeau sans renâcler s’avance
Allant porter sa viande, en riant de plaisir
À l’étal du boucher qui sourit dans sa graisse.

4.
Regardez-le, replet, les deux mains sur la panse,
Les pieds dans son fumier, de l’argent plein sa bourse,
L’œil à demi fermé, obscène comme un cul
Calé à plein fessiers aux misères du monde.

Il spécule, retors, sa face rubiconde
Absorbée d’un obscur et complexe calcul :
Comment faire pencher, en l’infernale course,
Le plateau alourdi de l’infâme balance

Toujours de son côté, sans craindre discrédit ?
Et ce chiche mécène, satisfait de lui-même
Fourbit sa stratégie, son plan, son cœur de cible ;

Puis va chez sa putain, marchander, si possible,
La campagne de pub de son trivial emblème,
Maculant le social accablé de crédit.

février 2006



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