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Le monde est bien méchant,
Qui nous trompe sans rougir,
L’on invoque la raison,
Le bon sens laisse courir,
Et l’on voit la passion,
Toute souriante, nous mentir.
Alors, la conscience,
En désespoir de cause,
S’enferme dans la démence,
Si ce n’est la névrose,
Créant la défiance,
Provoquant la psychose.
Aliéné ou fou ou malade mental,
On les voit tous d’un œil peut-être critique,
Ils vous paraissent calmes, le regard amical,
Mais, souvent brutaux, ils en deviennent sadiques,
Et à s’interroger, on découvre que le mal
Qui leur ronge le cerveau est un mal classique,
C’est le mal du siècle, une maladie banale,
Que l’on doit à la science, domaine psychiatrique.
Souvent, sous ce couvert,
Sous ce front assombri,
Brillent de grandes lumières
Et dort un grand esprit !
Cet esprit cartésien, ce bon sens occulté,
A cessé d’être actif et fin observateur.
Des regards hautains et fiers ont insulté
La mémoire de ces hommes d’un geste négateur !
Ils sont fous, dites-vous, en parlant de ces gens !
Ils vivent leur vie sans âme ni conscience !
Ils sont toujours ainsi et vous, en les jugeant,
Leur refusez votre aide et votre assistance !
Les êtres qui se targuent d’être bien raisonnables,
Ces gens qui se croient plus sensés qu’autrui,
S’adjugent des qualités, se vantent respectables.
Mais un mal les ronge : l’égoïsme les détruit.
L’on se prend pour des juges, avocats, procureurs !
L’on se dit savant, technicien, ingénieur !
L’on tend à gravir l’échelon supérieur !
La chute vous ramène à l’étage inférieur !
Prenons un médecin, chirurgien, spécialiste,
Ou prenons l’architecte, l’ingénieur, le chimiste,
L’on verra que chacun, dans sa spécialité,
Excelle et s’affirme en toute fierté,
Mais si l’on procède à une permutation,
L’ingénieur médecin, l’architecte chimiste,
Ni les uns ni les autres n’en ayant vocation,
L’échange, cela est sûr, n’est nullement réaliste.
Revenons au bon sens ainsi qu’à la folie
Et voyons le jugement dont chacun s’embellit.
Assis sur le trottoir, le regard lointain,
Un homme que les piétons évitent avec soin,
Contemple d’un œil vide le gros morceau de pain
Qu’une dame, en passant, a posé dans un coin.
Son estomac gargouille, demandant à manger.
Son esprit vadrouille mais il ne peut songer
A donner les ordres nécessaires dans ce cas,
L’estomac peut crier, l’esprit n’écoute pas.
Les gens se retournent et l’observent en passant,
Certains hochent la tête et d’autres font semblant
De feindre l’ignorance, le cœur compatissant.
Un enfant s’approche et s’enfuit tout tremblant.
Le bon morceau de pain dégageant son odeur,
Continue d’attendre. Son attente sera vaine,
Car notre pauvre homme ne se donne point la peine
De faire un seul geste. Son esprit est ailleurs.
Peut-être se voit-il dans quelque grand palais,
Entouré de ses gens et peut-être attablé ?
On le voit qui salive. Va-t-il avaler,
Savourer ce repas dont il s’est régalé ?
Un crissement de pneus et de freins grinçants
Et le long du trottoir, uns voiture s’arrête,
Que notre homme observe d’un regard insouciant.
A quoi peut bien penser sa pauvre petite tête ?
Le chauffeur descend et observe sa roue.
Il vient de crever et doit la remplacer.
Il s’attelle aussitôt, desserrant les écrous.
Il s’agite et s’active car devant se presser.
La sueur s’écoule et s’égoutte sur ces joues.
Soudain, il trébuche, marchant sur son lacet :
Et ses quatre goujons disparaissent à l’égout.
Alors la tempête, l’orage, le tonnerre
S’affrontent, se déchaînent secoués de jurons,
Accusant vendeur, constructeur et le maire,
Les traitant d’incapables et usant d’autres noms
Que la décence oublie, que parfois elle ignore.
Ces gens se sont alliés, affirme le chauffeur,
Pour lui faire perdre la tête et l’énerver.
Ignorant le retard et toujours ponctuel,
A ses bonnes habitudes, devra-t-il déroger ?
Que peut-il bien faire en cette fatalité ?
Et comment cette roue a-t-elle pu crever ?
Ainsi, notre sensé, perdant son bon sens,
S’insurge et accuse l’ingénieur et le maire,
Par delà la conscience émerge l’inconscience
L’une perdant l’espoir quand l’autre désespère.
Entendant ce déluge d’insultes, d’invectives,
Notre « fou » atterrit, observant calmement
Ce triste énergumène qui s’agite et s’active ;
Et notre pauvre fou hoche la tête tristement.
Il se dit simplement qu’en cette aventure,
Ce qu’il voit et entend est une simple affaire.
Il sourit doucement car il a découvert
Qu’un singe cravaté ne change pas sa nature.
Il s’approche du Monsieur, regarde le véhicule,
Se baisse et observe les roues une à une.
Il compte et recompte, avance et recule :
Déclarant que les roues ont quatre écrous chacune.
« Faisons l’opération, dit-il au Monsieur.
Calculons, calculons et soyons sérieux !
Quatre roues, quatre écrous, cela fait donc seize.
Quatre ôté de seize, il ne reste que douze.
Divisons ce chiffre par quatre ou par trois,
Douze divisé par quatre, cela donne trois.
Si trois roues peuvent avoir les douze écrous,
Les quatre par trois se partagent douze écrous.
Car quatre par trois, cela fait juste douze,
Mais trois par quatre, cela fait aussi douze !
Reprenez un écrou
De chacune des trois roues,
Vous aurez trois écrous
Pour la quatrième roue.
Ainsi, vos quatre roues
Auront chacune trois écrous !
Voilà la solution
Dans cette situation ! »
Sidéré, le sensé se prend la tête
Entre deux mains tremblantes,
Car une solution aussi claire,
Un raisonnement aussi direct,
Fait surgir une idée bien troublante,
Que ce «fou » connaît bien son affaire !
« Comment se peut-il que vous soyez ainsi ?
Vous paraissez tout autre que vous n’êtes vraiment !
Vous venez de faire preuve d’un bon jugement !
Vous me sauvez la mise :je vous en remercie ! »
Sachez, monsieur, vous qui êtes cravaté,
Ma présence en ces lieux est due à vos pareils !
Vos actes, vos faits et vos cruautés
Ont éteint les lumières et terni le soleil !
Souvent les âmes mortes par vos mains assassines
Se réfugient à l’ombre de vos grands faits d’armes.
Vos yeux offensants, votre langue vipérine
Nous causent des soucis, provoquant nos alarmes !
Nous sommes à la merci de vos luttes intestines.
Nous n’avons que nos yeux vidés de leurs larmes !
La seule voie restante où l’être s’efface
Est le refuge interne où l’esprit se délasse
Le cerveau s’y repose effaçant toute trace
De vos actes pervers envers vos frères de race.
Quittez donc ces lieux !
Rejoignez vos amis !
Mais faites de votre mieux
Sans vous faire d’ennemis !



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