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On entrait en silence,comme au sein d’une église,
De peur de réveiller le chat sur le coussin,
Les fenêtres couvertes d’une poussière grise
Laissaient filtrer le jour qui passait sans entrain.
Quelques mouches affolées formaient un bataillon,
Vrombissant de colère d’avoir été surprises,
Passaient dans les cheveux en laissant un sillon
Comme au milieu d’un champ quand la terre est soumise.
Le couloir était long à n’avoir pas de fin,
Et puis enfin la porte à moitié entre-ouverte,
Les vieux rideaux fermés -on aurait dit du lin-
Donnaient à la pénombre un rien de découverte.
Ça sentait le vieux poêle qui a beaucoup servi,
Mais sûrement éteint depuis la nuit des temps,
Et à quoi bon brûler? ici tout est fini,
À penser que la vie a fui depuis longtemps.
La pendule arrêtée ne marquait plus les ans,
Un vieux calendrier qui datait de l’avant,
Un vieux bol à café et plus rien au-dedans,
Un silence de mort, assez assourdissant.
Et soudain dans un coin on les voyait enfin,
Serrés l’un contre l’autre sur un vieux lit de bois,
A leurs pieds le vieux chat dormait sur son coussin
Donnant un peu de vie en sursautant parfois.
On s’approchait alors sans faire le moindre bruit,
On regardait les yeux qui semblaient ne plus voir,
Un rayon de soleil illuminait la nuit
Quand on voyait briller comme un semblant d’espoir.
Puis la main qui tremblait nous donnait le signal,
Celui de déposer un baiser de tendresse,
Sur un coin de la joue, ça n’a rien d’anormal,
De peur de les casser, une simple caresse.
On leur parlait tout bas, comme au sein d’une église,
De peur de réveiller le chat sur son coussin,
Leurs yeux semblaient sourire, sous la poussière grise,
Laissant filtrer le jour, qui passait sans entrain.



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