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LArtiste
Elle est arrivée dans sa grosse voiture blanche débordante d’instruments, de sacs ventrus et s’est arrêtée devant la porte d’acier que vomissent les coulisses de la scène.
Quelques mains serrées, paroles échangées et sans perdre un instant elle cale sur son dos trois Djembés imposants. Sur son passage il y a bien des… » regarde c’est elle « ou bien des… » tu as vu qui c’est ! « , mais elle s’en fiche, elle est ailleurs.
Ce qui frappe surtout les gens qui la croisent c’est ce sentiment de formidable détermination qui émane d’elle, rien ne l’arrêtera tant que tout son matériel ne sera pas installé, réglé sur le vieux parquet de bois surélevé.
L’air inquiet elle attend avec impatience les deux musiciens qui
l’accompagnent, elle voudrait qu’ils soient déjà là pour un réglage de micro, de retour, pour installer Sa perfection, puis quand ils sont près d’elle, elle exige des voix claires, échauffées, des doigts agiles prêt à frapper la peau tendue des instruments, des costumes parfaits, du rythme, de la joie, un sourire constant sans être figé. Elle veut tout et tout donner.
La salle s’est remplie petit à petit mais elle n’a pas entrouvert le rideau pour s’imprégner du monde qui arrive non elle reste dans un coin de la scène à assouplir ses doigts.
Devant le brouhaha qui monte, face aux lumières qui viennent de s’éteindre les trois artistes sont maintenant debout derrière leur micro, vêtus de feu et de sang, et le rideau se lève.
Une voix s’élance du noir, chaude, rauque tressée de mots inconnus, la salle surprise se tait et la nuit s’allume.
Les Djembés claquent lancinants, entêtants, se mêlants de questions et de réponses vibrantes, les sons comme les couleurs s’envolent vers le public qui retient son souffle. L’artiste s’avance et sur l’appui de deux ombres musicales commence son solo. Ses doigts ne roulent plus sur l’instrument mais vibrent maintenant au dessus de la peau à différents niveaux, la femme se transforme, son visage déjà gracile s’allonge osseux, ses yeux d’un noir profond s’agrandissent, se mettent à briller, se gonflant d’eau lumineuse, son corps mince, léger, s’assouplit encore plus, elle grandit, devient liane, serpent de musique, épouse du son, elle est ailleurs, dans un pays où il fait bon donner.
Le rythme s’affole encore plus ses bras s’envolent légers comme une paille de blé, sa bouche se tord et s’ouvre plus forte encore, faisant vivre les sons qui naissent de son corps et devant cette déesse de feu couverte de sorts, la salle ne respire plus.
Sur un rayon de lumière le solo diminue, les ombres redeviennent humaines et le rythme lancinant reprend. La foule maintenant est debout, pas un corps n’ a résisté. Ils se sont tous levés pour applaudir, crier, hurler, leur joie et se mettre à danser.
Couvertes de sueur et d’amour trois ombres devenues belles s’inclinent en se tenant par la main.



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