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La brume laiteuse du matin glisse paresseuse sur l’étang endormi. Fée ensorceleuse, magicienne de l’aurore, elle joue de ses effets, laissant échapper ses fumerolles, son souffle enroué. Le hululement de la chouette flotte secret au-dessus de l’eau mystérieuse, calme comme huileuse. Un léger clapotis d’une grenouille coquine, anime la surface d’une onde légère et se multiplie en de parfaits petits ronds qui grandissent et finissent éclipse sur les berges accueillantes. Les roseaux, crécelles du matin, s’animent au vent léger, cette brise fraîche qui lèche gourmande mes joues rosies. Les premiers rayons solaires pointent leur nez et percent l’épaisseur blanchâtre qui masque encore le marais assoupi. Le héron, majestueux, dresse sa fierté Lafontaine et jette un regard dédaigneux sur l’eau croupie qui engloutit ses pattes boueuses. Peu inspiré, il s’élance soudainement, déployant sa large voilure, et dans un battement gracieux, dessine aérien, des volutes capricieuses qui s’estompent discrètes dans l’air humide. Le nénuphar élégant a réhaussé sa fleur, nœud papillon. Il danse sur la piste et se mire narcisse dans les reflets complices de la surface, ce miroir flatteur. Dans la torpeur du matin, chacun, plante ou bête, se prépare pour une nouvelle aube estivale. Jaloux de la tiédeur encore présente, tous absorbent prestement les dernières perles de rosée, baume translucide, ce nectar de vie. Délicieux moment que cet arrêt sur image qui, du Temps, suspend le vol. Ce val Lamartine berce mon cœur de cette langueur Verlaine, si monotone. La douceur angevine d’un paysage serein pénètre mon âme de sa tendresse divine. L’exaltation de l’instant entame une ode merveille dans mon cœur vermeil, encore dans son sommeil. J’écoute le silence, j’admire la pâle blancheur, cette belle décence. Un singulier néant s’impose et repose mon cœur fatigué. Les pensées vagabondent au rythme lent du réveil de la nature. Cette fée anthropomorphe parle à mon âme, telle la Muse souffle au poète, l’inspiration. La méditation s’empare de mon esprit, tance mes certitudes et réveille ce besoin de contrition, ce regret perclus de n’avoir pas su entrevoir l’essentiel de la journée passée à jamais perdue, désespoir. Pourtant, l’espérance de l’aube naissante égaye mon âme encore humide de cette rosée, manne du divin pour les pénitents conscients. 

La chaleur brutale du levant chasse la brume mystérieuse, ce voile pudique sur ce marais si nu. Les rayons sèchent les larmes de la nuit. Bien vite, l’étuve accablante souffle canicule, sur la tourbière avec le parfum nauséabond, mortifère de la putréfaction. Les relents fétides d’une digestion féconde assaillent l’odorat. 

Malgré, le jour se lève, une autre aventure commence. Puissions-nous en savourer le miel et veiller à ne point souffrir le lendemain de regrets à défaut de remords. Carpe Diem !

Philippe Rotat



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