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C’est une sotte chose, écrivait Montesquieu:
Instantané de soi livré au visiteur,
Instantané de moi quelque peu flagorneur,
Je suis l’autoportrait … sauf au regard de Dieu.

Rien n’est plus beau que moi qui bois à ma fontaine,
Je suis ma propre idole et source de mes peines,
Il ne faut pas m’aimer car je ne vois que lui,
Par son reflet maudit qui m’ignore et me fuit.

Rien n’est plus beau que moi au pied de Notre-Dame,
Devant la Tour Eiffel et dans les bras des femmes,
Je dois à mon portable un ragoût de selfie,
Que je rumine en boucle en contemplant ma vie.

Que serais-je sans moi qui vins à mon nombril,
Quand Ferrat s’égarait dans les amours classiques?
Je suis mon horizon, mon ciel et mon mesnil,
Et ne serai jamais un cocu magnifique.

Rien n’est plus beau que moi qui me vois dans la glace,
Et ne t’avise pas, au détour de tes contes,
De me classer second sur le mur de ta honte!
Il était un miroir qui finit à la casse.

Rien n’est plus beau que moi parmi les nominés,
Je daigne mon empreinte au trottoir d’Hollywood,
On promène mon chien en forêt de Sherwood,
Mon poil est épilé, le sien est gominé.

Rien n’est plus beau que moi qui vis quand je souris,
Avec mes seins refaits, mes lèvres en canard
Et la jeunesse encore au bout des bistouris …
Car le monde appartient aux Vénus des billards.

Rien n’est plus beau que moi qui vaux d’être vécu,
En Phébus Apollon ou en César qui règne.
Qu’on m’apporte mon trône et Michel de Montaigne,
S’il faut m’asseoir dessus, ce sera sur mon cul !



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