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Durant cet hiver-là , penché sur le vignoble ,

Je promenais un feu à brûler mes serments .

Dans le matin confus de soleil et de vent ,

J’accordais à mes doigts une chaleur ignoble .

.

Durant ce printemps-là , je m’attachais à toi .

Comme vigne au palis , j’entrais en nouaison ,

Tout en taillant quelques regrets gourmands de moi ,

Tout en sarclant la mauvaise herbe et le mouron .

.

Je te verrai toujours arrachant mes racines ,

Bouturant mes vieux jours et repiquant mon cœur ,

Pour quelque vin nouveau dévergondant nos mœurs ,

Bien chambré dans nos nuits blanches et câlines .

.

Durant cet été-là, je rodais près des grappes ,

Redoutant le mildiou et les maux qu’on attrape ,

Je t’effeuillais pour voir Vénus en libations

Et pour brunir ta peau jusqu’à la véraison .

.

Ce fut enfin l’automne et le temps des cépages :

Les Cabernet , les Sauvignon et les Grenache .

Je remplissais ma hotte en gars qui s’amourache ,

Avec des mots , des croix et des élans sauvages .

.

Ôté ton petit linge , oublié ta pudeur ,

Enjambé le bois dur  pour fouler mes raisins :

Tu piétinas mes peurs , mon rire et mes chagrins ,

Écrasant  leurs échos sous tes pas vendangeurs .

.

Après ce vendémiaire imbibé de péché ,

Je goûtai le nectar de cet amour bourru 

Et depuis j’en bus tant, espérant qu’il en plût ,

Que je vis sous ta treille à jamais éméché .

.

Ta conque est une cuve où tu nais érogène ,

Un peu plus bacchanale et moins anadyomène .

Me donnant rendez-vous devant le Bareuzai ,

Tu viendras dénudée avec tes bas rosés .



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