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Juin pèse de toute sa  langueur orageuse sur mon antre comme sur mon âme. J’étouffe dans cet air qui cherche sa tiédeur. L’humidité féconde les parasites dans le jardin potager. Les feuilles des arbres fruitiers se tordent malades grignotées par les pucerons. Les moustiques pilonnent ma peau comme des chasseurs en piquet . Les mouches agressives sondent les pores en sueur. Là-haut, le ciel est assiégé par des nuages lourds et gris. Ils noircissent inexorables tant leurs ventres se tendent sous l’aspiration vorace de la vapeur d’eau. Des forces incroyables se déchaînent au-dessus de nos têtes, combat de titans pour ces géants du firmament. Des ascensions fulgurantes répondent à l’effondrement des nuages trop gourmands. Dans ce tumulte, cette lutte inhumaine, le soleil perce encore brûlant la terre surchauffée. Tel un arbitre il donne le tempo des rounds grondants qui se préparent foudroyants. 

A l’image de l’orage qui s’annonce, mon esprit bouillonne de cette envie irrépressible de coucher sur la feuille mes rêves et pensées, autant de mots, de phrases pour décrire le sentiment, l’histoire du moment. L’inspiration comme cette dépression gonfle mon cœur qui bientôt déborde de verbes. Je redoute qu’il n’éclate et laisse échapper cette manne  divine que distille alambic, la Muse perfide en un songe alcoolique. Je me saoule de mots, m’enivre de rimes. Je me cuite à cette liqueur suave de la poésie comme pour déchirer le vague à l’âme, cette tristesse lourde d’un moi de juin pluvieux. Alors comme un roulement de tambours d’une pluie de grêlons bruyants, je tape sur le clavier les vers avant qu’ils ne sèchent au fond de mon âme. Le vacarme assourdissant de la foudre, l’éclair éblouissant, m’emportent. Je suis trempé, mouillé jusqu’aux os. Je tremble un peu avec la fraîcheur qui maintenant m’envahit. 

La pluie a cessé et la verve s’est en allée. Je suis groggy et étrangement calme. Une paix douce et tendre m’enveloppe à la lecture de cet orage poétique. Dehors, les nuages se sont effacés, ils ont libéré l’ire du ciel et lâché tout le fiel. Mon orage s’en est allé. 

La poésie se conjugue par tous les temps. Sous le soleil torride de l’été merveille, sous le froid glacial de l’hiver magistral, dans l’exaltation d’un printemps passion ou dans la morosité d’un automne monotone, elle papillonne libre sans contrainte ni dogme. Demain est un autre jour, un autre temps,  et si je sais écouter, j’entendrai encore l’ode merveilleuse d’un autre poème.



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