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LE DIPSOMANE

Le Dipsomane marine dans un lagon toxique
Et se sent invincible quand jouent dans son gosier
Des tubercules hostiles dansant sur la musique
D’un mystérieux ballet de palabres insensées.

Le nectar aux effluves de l’ambroisie caresse
Son précipice buccal aux galandages mielleux
Dont la force sépulcrale s’enivre de tendresse
Dans la quintessence de ses plaisirs onctueux.

Il trinque avec le vin, son meilleur ennemi,
Son bouclier fluide aux armoiries de feux
Dont les vapeurs d’or rouge réchauffent ses longues nuits
Et emprisonnent son corps dans un poison soyeux.

Il lape le velouté des rimes d’Apollinaire
En épanchant ces mots dans un calice de fer,
Quand se heurtent en son âme tous les vers et les verres
Le menant doucement vers les portes de l’enfer.

Il boit quand il a peur et boire lui fait peur.
Il jure d’abandonner le breuvage défendu,
Mais la coupe d’hydromel a imbibé son cœur
Des chimères de l’opium aux néfastes reflux.

Ses veines sont des vignes aux cépages venimeux
Dont les racines putrides trop souvent le dévorent.
Il titube constamment sur un fil nébuleux
Comme le sombre funambule sur les berges de la mort.

Sa vie n’a plus de goût sauf celui de l’Absinthe,
Et quand l’horrible soif l’inonde de tous ces maux
Dans des lymphes amères aux effroyables plaintes,
Le démon liquoreux échafaude son tombeau.

Puis l’ivresse le délaisse pour un sommeil sans fin,
Tout au fond d’un bistrot ou le long d’un chemin,
Paisible, les yeux fermés, enfin sobre et serein,
Prisonnier du destin, lentement, il s’éteint.



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