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Quel est ce bel ailleurs qui dépeuple mes soirs ?

La maison te retient comme un enfant qui pleure :

« Si quelqu’un m’apportait un petit pot de beurre …

 As-tu caché mes clefs dans le vieil arrosoir? »

.

Quel est ce bel ailleurs qui fait danser tes pas ?

La maison te retient comme un enfant qu’on laisse :

« As-tu fermé ma porte et mon volet du bas ?

La première est mon tort, le second ma faiblesse. »

.

Quel est ce bel ailleurs qui te rend si fugueuse ?

La maison te retient comme un enfant sans toi :

« As-tu éteint mon abat-jour et ma coiffeuse 

Ou veux-tu laisser croire à ta présence en moi ? »

.

Quel est ce bel ailleurs dans son livre d’images ?

La maison te retient comme un portrait-robot :

« M’as-tu laissé le souvenir de ton roman photo

Comme un reste de toi, immobile et volage ? »

.

Quel est ce bel ailleurs qui te sert de sirène ?

La maison te retient comme une ample rengaine :

« M’as-tu laissé ta voix sur quelque répondeur

Avec ces petits mots qu’on dit avec le cœur ? » 

.

Quel est ce beau tailleur qui te pousse à sortir ?

La maison te retient comme un enfant ou pire :

« As-tu mis ta ceinture à fouetter les vampires ?

Pourfends-en sept d’un coup, si tu veux m’assouvir… »

.

Quel est ce bel ailleurs atteint d’un mal étrange ?

La maison te retient en oubliant la grange :

« Que n’as-tu regardé par où passait Blanquette

Pour gagner la montagne et le pré qu’on regrette ? »

.

Quel est ce bel ailleurs qui t’oblige à partir ?

La maison te retient comme un enfant martyr :

« Entendras-tu mon cœur chanter « Je suis malade »,

Oublié dans mon poste et battant la chamade ? »

.

Quel est ce bel ailleurs où je voudrais tant vivre ?

La maison ferait mieux de rester sur mon dos :

Je serais Vincenot, Pape des escargots,

Et j’écrirais ton nom au milieu de mes livres.



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