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Issu de fonderie et porteur de marteau,

Je connus Jacqueline au bal des marionnettes,

Qui me donna Jacquelinet, Jacquelinette,

Frère et sœur par le cœur et par l’airain jumeaux.

.

Chaque jour que Dieu fait, je sors de ma demeure,

Pour marteler le Temps et pour sonner les heures ;

Je contourne ma cloche et reviens sur mes pas,

Comme un forçat de bronze enchaîné par les bras.

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Je ne vis ni des cris, ni du faux tintamarre,

Dont bruit sans le savoir le peuple des fourmis,

Asservi par l’effort des instincts vivipares,

Aliéné par le nombre et les plaisirs permis.

.

Vulcain bien avant moi cognait déjà l’enclume,

Tantôt pour le métier, tantôt pour l’amertume,

Lui qui boitait si bas qu’on aurait dû l’attendre,

Comme un cousin lointain qui renaît de ses cendres.

.

L’amour s’était éteint dans mon cœur d’automate,

À battre machinal, fidèle à sa parole,

À rabâcher les mots qu’on apprend à l’école

Et qui sont le poison que prenait Mithridate.

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Endoctriné par l’habitude et la routine,

J’en vins à ne savoir que grelots et clarines,

Jusqu’à charger le ciel de me les pendre au cou,

Pour les yeux d’un touriste ou d’un brocanteur fou.

.

À quoi bon le beffroi ? À quoi bon le clocher ?

Être si près de l’Ange et ne pas l’entrevoir !

Être si près du cœur et s’en faire un heurtoir

À marteler sans âme un métal ébréché !

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Et puis ce jour enfin de manche et de cognée,

À jeter pêle-mêle au ras de tes dentelles,

Quand ton avènement devint ma Compostelle …

Tu fus ma Jacquerie et ma douleur soignée.



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