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Prose extraite de mon livre , L’étonnante histoire d’Annie BAHL, tome 1.

Le rayon de soleil

Le soleil se faufila lentement par le coin entrouvert du lourd rideau d’une des fenêtres de l’atelier. Petit à petit, il avança sur le parquet à la recherche d’une poussière ou d’une mouche pour pouvoir jouer un moment. Ne trouvant rien, il continua à avancer sans se presser. Il savait que d’une manière ou d’une autre, aujourd’hui ou demain, il trouverait de quoi se repaître, alors il musarda le long d’un pied de table renversé, escalada, extravagant alpiniste, l’arrière du meuble qui, ventre en l’air, se laissa faire. Après avoir fouillé sans vergogne, fissures et angles morts, il chuta de nouveau sur le sol à la recherche de nouvelles conquêtes.

C’est un pied qu’il captura d’abord, un petit pied de femme aux ongles vernis, un pied posé nonchalamment sur le sol. Il s’amusa à le lécher d’une langue chaude en remontant, vilain petit bonhomme, le long d’une cheville fine entourée d’une chaînette d’or. Il eut un interminable arrêt sur cette délicate attache qui relie la cheville à la jambe et s’en fut, en glissant le long du galbe du mollet, à l’attaque du corps allongé.

Une mouche vola un instant dans le rayon lumineux et se posa sur la cuisse que venait d’atteindre le soleil. Elle se frotta les ailes l’une contre l’autre, puis tourna sur elle-même. Sa trompe s’étendit sur la peau offerte et suça le sel qui s’y était déposé. Elle se frotta encore un peu les ailes, laissa la chaleur montante envahir son petit corps et s’envola vers d’autres agapes. La jambe bougea, un peu gênée par le passage de la mouche et reprit sa place sous la lumière chaude.

Le rayon continua à se déplacer vers le haut du corps, frôlant au passage une fesse nue, une hanche bronzée et alla se perdre un court moment dans une cascade de cheveux roux qu’il fit flamber de mille feux.

Une paupière battit légèrement.

Une main se leva pour mieux s’étaler sur le torse de l’homme gisant à côté d’elle.

Un soupir de satisfaction filtra par des lèvres entrouvertes.

La lumière s’étant rassasiée dans l’avalanche des vagues rousses, elle bifurqua par le jeu du rideau de la fenêtre, vers le reste de la pièce. Elle croqua des lambeaux de cuir qui gisaient éparpillés sur le sol et se posa de nouveau sur un corps dénudé.
C’était un homme endormi qui était allongé près de la femme et le soleil ne se priva pas de caresser cette forme offerte.

Il était sur le dos, une jambe relevée alors que l’autre était impudiquement tournée vers l’extérieur. Son torse musclé se soulevait régulièrement et tout aurait pu paraître normal si ce n’était cette goutte de sang qui avait séché au bord de ses lèvres et les traces violacées qui entouraient ses poignets.

Un peu de poussière se perdit dans les rayons du soleil qui à présent envahissait la pièce. Les deux corps nus sur le parquet n’avaient plus bougé depuis longtemps maintenant et un observateur indiscret qui aurait regardé par les carreaux, n’y aurait peut-être vu que deux cadavres.



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