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…je garde en mémoire le signet que je touche encore du bout des doigts et l’unique pâquerette dessinée à l’une de ses extrémités…et me retrouve au milieu d’une prairie. Solitaire et heureux, je cueille cette belle esseulée et remercie l’Invisible en chantant haut et fort, pour l’atteindre aux quatre coins de son rectangle plat, mon paradis peuplé de vaches alanguies sous le soleil de juillet…
Puis remonte à la surface un souvenir hérissé : j’écorche les oreilles du professeur de solfège qui me regarde avec dédain. Je me tais et réalise combien le silence peut être envahissant lorsqu’il gagne, un à un, mes camarades; combien terrifiant aussi lorsqu’ils braquent leurs yeux sur moi.
Je fus condamné au mime pour la durée des classes de chant, ce qui ne m’empêcha pas de m’initier secrètement à l’art subversif du sifflement et, l’été, d’étirer mes ritournelles sur les chemins étroits de la campagne, marchant fièrement entre les haies d’honneur que formaient pour moi les quenouilles, sous les hourras des grenouilles : spectatrices enthousiastes à mes concerts vespéraux.

Robert Marois – Le siffleux!
image: allposters.com



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