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Acte II

Il est temps de faire mon bivouac, établir mon campement pour accomplir mes ablutions, – on me mettant à dos de ce couchant qui fui avec son temps, – et de rendre le devoir dans mes prosternations, sans scruter le chemin d’où je suis venu. À l’heure où s’humilient les féaux à leurs ultimes prières d’une pénible journée, me projetant dans un mythe de la terre de mes ancêtres, m’assignant au temps où les murailles cernaient la ville de Sidi el Houari ; le sage pieux à son cénotaphe, est triste au sort de sa cité. Quand la multitude s’offre le soir a des excès jusqu’au petit matin. Quand ego, reste vigile, loin des remparts, à attendre la colombe, tenant à son ergot le mot d’écrit de ma bien aimé.

Je suis le comble des Cid, – ayant pris part au combat, au côté des troupes de l’émir-, restant au aguets non loin de tes pénates à ces lieux proches des miens, attardant le crépuscule ébène se libérer de l’orient d’où je suis venu. N’est-il pas Dit : ‘’que le résultat de toutes nos actions c’est de fuir la douleur et l’inquiétude et que, ce terme atteint, l’homme croit être au comble de la félicité’’.

Ce soir, cette extase qui se fait ressentir m’accompagne sous ce firmament constellé, où la lune par ses éclats, éclaire les pénates de ma bien aimé, où s’égarent mes pensées ; où les bras s’ouvriront demain pour m’accueillir dans la sérénité, ils m’enlaceront contre la chaleur de leurs seins dont j’ai été privé après ma naissance, quand les cœurs dégageront l’exultation pour embaumer les séquelles de ma nostalgie. Néanmoins, je vois devant moi l’effigie de cette femme marocaine qui se présente à chaque fois devant moi, dont j’ai tété le lait de ses seins durant ma pré-enfance. Je me rappellerai toujours d’elle car elle continua de nous rendre visite jusqu’au moment où j’ai atteint l’âge à me rappeler de cette mère qui ma allaité.

Oh ! Ma chère, ta présence se fait sentir à mes quartiers où s’entrevoit à l’instant le charme de la nuit. Dans ce crépuscule céleste dominé par le zéphyr qui courtise les premiers quolibets printaniers. La femme dont je veux aimer, est bien là ! Impatiente, là-haut sur le faîte de la colline où se découvre sa demeure, où émane de la prairie l’odeur des vrilles vertes et celle des papavéracées.

Je me rends compte des sentiments qui affluent à l’instant, sur le cours de mes émois et qui fusent rien que pour toi, ils s’exhibent autant que mes émotions en fusion. À mes quartiers, tes pensées s’installent pour un moment sous ma tente, me livrant à la gaieté, à une joie voyageuse, jusqu’à demain au lever du jour je me fixerai encore à mon Bivouac, à attendre le signe d’un drapeau en satin blanc accroché à un roseau sur le faîtage de ta maison.

Tu seras là je le sais impatiente, je le devine, depuis cette fin tragique, quand ton homme s’est échu au champ d’honneur, il a péri dans l’assaut livré aux pieds de murailles d’Oran, où l’émir est sorti idem, sauf son étalon ébène, qui fut blessé à son jarret par un éclat d’obus. Ton partenaire n’est plus là, et je ressens ta détresse empressée le jour, quant à la nuit, tu te replis sur toi-même, tu es offerte au sort qui t’emporte à vivre l’espoir qui te relaxe à réclamer l’amour disparu. Je viens pour te ramener son fusil, son sabre en raison de ta fidélité pour cet homme voire pour ton amour égale à celui d’une femme noble, celle d’une princesse des temps.

Oh auréole des compagnes à la toison dorée, tu es là ! À m’attendre sans espoir là-haut sur ton palier, scrutant l’horizon des collines vertes, qui auréolent l’étang, où mon chemin ne mène à tes pénates ; j’ai fait ce détour délibérément, pour n’attirer l’attention d’aucun pâtre jaloux qui s’attarde en cette fin de journée, et surtout, pour n’éveiller aucun, flaire, de labradors qui sauront découvrir dans le passage du zéphyr la présence de mon odeur, et de la sorte mon bivouac sera compromis.
Par@ Echchikh Adda



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