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Le temps s’étire langoureux et blême dans l’hiver de mon être, en carême. Les jours rabougris se glissent parmi les nuits longues et mornes dans le clair-obscur de mon âme sans augures. C’est le lent moment de l’ennui qui ronge le sang par son fiel lugubre. La langueur monotone berce pervers la mélancolie, cette hypnose. La pâleur du ciel décline grisâtre mes espérances, mes pauvres arbres dénudés. La blancheur neigeuse a quitté humide mes montagnes de pensées. La beauté glaciale, cette couleur immaculée, disparaît sous l’ocre sale de la gadoue. Je sombre dans l’activité dérisoire et patiente d’une la pénible attente.

Je guette impatient, l’éveil de mon printemps pour qu’enfin le rouge coquelicot habille charmant mes prairies défraichies par le froid givrant d’un hiver mourant. Les bourgeons, longtemps cachés, éclatent de joie, de mille feuilles, verdure naissante d’un espoir pimpant. Mes idées, à leurs échos bourgeonnent, acné d’une adolescence renouvelée. Je m’éveille à la vie tandis que s’éclipse au moins pour un instant, cet ennemi, l’Ennui.

Le chant des sirènes, susurre à mes oreilles l’air vibrant d’une caresse merveille, ce rêve pareil à une belle Utopie. Je m’endors câlin, au doux bruissement d’un jeune feuillage assoupi. Le clapotis de l’eau disert, me récite les vers d’un poème, avec la verve improbable d’un esprit délicieusement engourdi.

L’été explose enfin, de ses mille parfums. La majesté des prés étale royale son manteau léger qui ondule au zéphyr matinal. Les forêts exhibent prétentieuses, leur gracieuse canopée au soleil brûlant aoûtien. Mon âme heureuse s’emplit de cette merveille, ce nectar chlorophylle, fruit de l’amour solaire sur l’horizon tout vert, souverain. Je respire et souffle sans retenu. Je vis enfin libéré, j’oublie l’ennui.

Mais déjà, l’extase s’épuise, la feuille vieillit. C’est le début de la longue agonie. Dans un dernier élan, comme pour préserver encore le souvenir, les crêtes boisées revêtent en fête leurs habits aux couleurs automnales. Dans une dernière symphonie, à la fin de la portée, les feuilles tombent en pluies infernales. Mon cœur pleure cette infamie d’avoir ainsi terminé la clé et d’une octave baissée, clamé le déclin. Il revient au son d’un bémol et m’enferme dans sa geôle. Je sens déjà venir le fiel glacé, geler mes branches effeuillées. 

Mais peu importe, demain reviendra coquin, malgré le chagrin. Combattons l’ennui de notre esprit, sortons de notre hiver, l’attente et baignons-nous heureux dans l’été joyeux d’un bonheur serein.



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