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Sentant grandir l’aura des géants infantiles,

J’ai récité les éléphants lourds de lenteur,

Pour leur marche en légion chez Leconte de Lisle

Et pour leur demander où Dieu cachait ton cœur.

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Sentant venir la chasse aux tigres de papier,

Pour toi j’ai défriché la jungle et les palétuviers,

Car il fallait y voir plus de fleurs que de mal

Et rendre à Baudelaire un parfum oriental.

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Sentant venir la faim des peuples indigènes,

Mon amour pachyderme, emprunté mais docile,

A bousculé le magasin de porcelaine,

Où tu rangeais tes souvenirs les plus fragiles.

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Cent ans que je te sais ! Cent ans que je t’attends

En cherchant bien au plus profond de mes broussailles

Pour soulever ton cœur comme un fétu de paille, 

Et pour l’inscrire au Mémorial des éléphants.

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Sentant venir l’enfance au pied d’un chapiteau, 

J’ai fait mon numéro pour te remplir les yeux,

Comme animal savant oubliant d’être heureux

Et ne valant pas plus qu’un tigre ou qu’un chameau.

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Sentant venir la guerre et le chant des carquois, 

Pour toi, j’ai délaissé les cieux carthaginois. 

Après avoir franchi le désert et l’Espagne, 

Pour moi, c’était un jeu d’enjamber les montagnes. 

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Sentant trembler la Ville aux clameurs des trompettes,

J’ai négligé l’assaut pour dormir à Capoue,

Parmi les ors, les vins, les paons qui font la roue,

Les langueurs et les jours nés d’une autre conquête.

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Quand par surpoids de vie et par surcroît d’Ivoire,

On sent venir la fin des cornacs dérisoires,

Il faut se retirer sans barrir et sans suaire

Dans le silence offert des morts et des ossuaires. 



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