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LES PETITES MAINS
Il a coûté quelques poisha,
Le jupon de soie de Dhaka.
Elle a coûté quelques rupiahs,
La douce étole de Pashmina.

Ont fait un long voyage,
De leurs usines à nos vitrines,
Pour se convertir à l’Euro.

Leurs mains ont tant cousu
De fils d’or et d’argent.
Leurs doigts ont tant couru
Sur les précieux tissus,

Ont imprimé leurs marques
Dans la moindre couture.
Perles de sueur et de sang.

Ils savaient que le joug
Sur leur cou s’abattrait.
Leur dos se raidirait
Sous le fardeau pesant.

Ont voulu fuir la mine.
Elle les rattraperait.
Traces de poussière et de sang.

Ils étaient quatre ce matin,
Quatre aujourd’hui, quatre demain.
Il faut huit mains, huit petites mains
Pour nouer la laine, brin à brin.

Ont travaillé des jours durant
Pour un seul tapis d’Orient.
Jours de misère, sans fin, ni pain.

Ce n’est pas l’île au trésor,
Ni la pyramide de Louxor.
Y ont enfoncé leurs pieds nus,
Fouillé la décharge à mains nues,

Ont vu s’évanouir le mirage
Sous les coups du fouet d’un autre âge.
Larmes de douleur et de peur.

Ce n’était pas un tsunami,
Ni le souffle d’un vent trop hardi,
Les caprices d’un cratère en colère.
Les oiseaux les auraient avertis.

On a compté les morts.
On a parlé des hommes,
On a parlé des femmes,

Mais jamais des enfants.
Elles ne comptaient pas,
Les petites mains du Rana Plaza.

Marie-France Lemains Yondo –



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