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Je rentrais à pas lents, disons, sans faire un bruit,
Pour ne pas déranger les mouches dans leur sieste,
Pour ne pas les troubler au milieu de leur nuit
Et qu’elles s’affolent alors, et surtout tout le reste.
J’avançais lentement, comme au sein d’une église,
En retenant mon souffle pour ne pas réveiller,
Quelques statues de marbre, eh oui, quoi que l’on dise,
Si vous fermez les yeux, écoutez-les ronfler.
Et au fond du couloir une porte fermée,
Un rayon de lumière en dessous qui vacille,
Depuis l’éternité la bougie allumée,
On se demande encore pourquoi sa flamme brille.
Je tourne la poignée et je pousse la porte,
C’est un autre univers que découvrent mes yeux,
La bougie qui vacille sans prévenir m’emporte
Au monde des étoiles, ou au monde des cieux.
J’avance doucement pour ne pas réveiller,
Le chat sur un coussin, aussi miteux que lui,
La bougie qui scintille ne peut le déranger,
Il n’entend plus la vie, du fond de son ennui.
L’horloge devant moi n’a plus de sa splendeur,
Il y a si longtemps qu’elle ne perd plus son temps,
Il y a même un trou au milieu de son cœur,
Son souffle s’est éteint, depuis bien des printemps.
Sur la table salie par la poussière sale,
Aussi noire je dirais que la nuit la plus noire,
Une assiette cassée que je trouve banale,
Et deux verres mes amis, qui n’ont plus de mémoire.
Et alors je les vois, tout au fond de l’endroit,
Un endroit direz-vous ? je dirais une tombe,
Mon regard les devine, c’est mon cœur qui les voit,
Le souffle que j’entends, fait l’effet d’une bombe.
Ils se forcent un sourire, le plus beau croyez-moi,
Et je vois dans leurs yeux bien plus fort que l’amour,
Un sourire aussi beau vous met dans un émoi
Plus fort que le matin, quand s’éveille le jour.
Et je prends cette main qui tremble lentement,
Et je prends cette main que j’ai peur de casser,
Je la porte à mes lèvres, je dirais, tendrement,
Et sur la peau usée, je dépose un baiser.
Je sortais à pas lents, disons, sans faire un bruit,
Pour ne pas déranger les mouches dans leur sieste,
Je revoyais encore, au milieu de la nuit,
La bougie qui vacille, du moins, ce qu’il en reste.



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