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Dans ses murs de pierre, caché au milieu des fougères l’homme attendait, le regard dirigé trop souvent vers le Nord. Il restait là des heures entières à compter sur ses doigts pour sentir d’une manière absurde, les jours passer dans son cœur. Il tournait parfois la tête vers le corps de la maison en ouvrant machinalement les mains qu’il refermait aussitôt, vides.

Toute la semaine absent, sa tanière, son lieu de vie s’était transformé au cours des jours en un endroit humide dépourvu de charme et de chaleur ; les travaux prévus n’ayant pas encore commencé, tout sentait le vieux, le vide d’Elle.

Il n’était plus qu’un morceau du morceau, qu’une partie d’un ensemble, ensemble crée à deux et aujourd’hui il était dépourvu de la moitié de son cœur.
Oh ! Ne croyez pas que cette histoire est triste ! Non, seulement parfois au cours de SON absence il se sentait un peu plus lourd, plus vide, comme si le vide pouvait être lourd ! Enfin possible ou non c’est ce qu’il éprouvait !

Les yeux tournés vers l’intérieur, il la voyait comme elle était, pleine comme un cœur, fine comme une flèche, l’espoir à fleur de peau et lui, pauvre lierre il se pâmait d’admiration en l’imaginant : « qu’elle est belle ! » se disait-il

La maison de « chevrons » n’était pas encore refaite et pourtant il sentait que la vie renaîtrait dans ces murs comme un courant d’albâtre traversant la pierre. Il n’était que de lierre et de chair conçu, fait pour s’enrouler autour de son support mais il savait qu’il sentirait quand la vie reviendrait.

Son désir bien sur, tout comme celui de sa douce était de s’envoler loin des arbres et des mers, de naviguer sur des cœurs de lumière pour dresser, incongru face aux hommes de terre deux visages d’enfants nus privés de poussière.

Le rêve était réel et bien ancré en eux.

Alors ils avaient décidé qu’elle partirait là-bas au pays tant connu où la sagesse est parfois au rendez-vous de simple inconnu. Ils avaient mis en place un système bien à eux de regards donnés, mille fois répétés, de petits mots ingénus bordés de tendresse pour ne pas perdre de vue la chaleur de leur cœur.
Et elle était partie, même pas par un beau matin de printemps non, mais par un après midi où il pleuvait et c’est en refermant la porte sur lui qu’il avait commencé à percevoir son absence, d’abord légère il faut bien le dire car au début il sentait comme un espace retrouvé et un peu de « liberté ! » quel que soit le mot que l’on puisse donner au sentiment qu’il éprouvait à ce moment là, on ne peut pas dire qu’il était totalement serein et dénué de toute noirceur.
Il avait dans son cœur un mélange de joie et de douleur, ce n’était pas quelque chose de grave, juste une pointe gênante au fond du ventre.

Depuis ce jour là, au milieu des cartons et des meubles défaits en vue des travaux qui se préparaient, il regardait la chance qu’il avait. De la chance oui, car il voyait bien que la vie s’était montrée très douce à son égard et cela depuis toujours d’ailleurs ! d’aucuns penseront que sa vision des choses est irréelle, un peu comme celle des enfants, que la vie ne lui à pas été aussi douce qu’il voulait bien le dire mais qu’importe les autres ! L’important est ce que lui, ressent au fond de lui, un point c’est tout. Mince alors ! il n’allait quand même pas se laisser dicter par tous ces “apaches” , les sentiments qu’il devait avoir !

Parfois la colère montait de ses tripes un peu comme un tremblement de terre qui se transformerait en une véritable explosion pour retomber, échevelé au fond de ses yeux.
Il avait appris, au dédale de son Amour, que la raison fait baisser la tension et que des yeux en colère ne font pas de bons époux. Alors il souhaitait parfois, l’homme lierre, pouvoir monter plus haut, être près de la lumière, caresser un instant le faîte des arbres et rester accroché là auprès d’elle, sans une larme.

Des oiseaux, petits piafs d’impatience, pépiaient devant sa fenêtre et saluaient le soleil du fond de leur gorge. Ils étaient, sans ambages, des instants d’air pur, des morceaux de virage qu’ils prenaient à vive allure. L’amoureux leur parlait avec mots, sans mots; il étalait ses sentiments au gré de leurs trilles, laissant s’envoler dans le vent ces petites boules de plumes.
C’était doux dans ses yeux quand il s’était déchargé auprès de ses amis volants !

Combien de fois sa belle et lui avaient admiré se nicher dans l’arbre gris les rayons du soleil à peine tacheté d’ombre qui volettent !
Ils avaient regardé ensemble avec intérêt cet insecte à drôle de tête ressemblant avec sa trompe à un oiseau mouche, butiner les fleurs mauves de l’arbre bleu.
Ils avaient vu tellement de choses tous les deux ! Tant de belles choses que son cœur s’en souvenait sans effort.
A ces pensées heureuses ses mains se décrispaient, le sang se remettait à circuler au bout de ses doigts et nonchalamment il étirait son grand corps noueux.
Il voyait devant ses yeux la pensée, visage réjoui de sa douce moitié,,la voyait s’échiner sur ses livres d’étude avec ce petit air qu’il connaissait bien d’élève studieuse; il apercevait parfois une larme couler sur le velours de ses joues ou un regard s’évader un court instant le long d’un mot mal conçu mais la plupart du temps il admirait la chaleur de ses yeux si grands, la puissance de son regard qu’elle posait parfois sur lui et c’était comme une caresse, la nuit, un morceau de soie qu’elle jetait avec adresse.

C’était sa manière à elle de poser sur le monde son empreinte de cœur et lui, pauvre mortel, était content d’être là ! il fondait comme du beurre !

Le réveil sonna péniblement, émit un bruit de casserole et s’éteignit dans un couinement sous la poussée d’un doigt vigoureux.
L’homme se frotta les yeux, surpris du rêve qu’il venait de faire. Il se tourna sur le coté et vit avec plaisir que sa douce femme était en train de dormir prés de lui.
En faisant attention de ne pas la réveiller il s’extirpa du lit et enfila ses chaussons. Dans la cuisine, préparant son café et celui bien sûr de sa douce, il pensa encore à son rêve qui le remplissait de douceur et malgré tout d’un peu de vague à l’âme.
Et hop ! Deux tartines posées de chaque coté des bols et il fila dans la salle de bain en prenant au passage un slip et des chaussettes dans la commode.
Il se déshabilla et prit une douche vivifiante puis commença à se brosser les dents vigoureusement devant la glace du lavabo. Il aimait voir le gant de toilette vert de sa femme accroché au-dessus du robinet qu’elle changeait tous les jours. Cela le faisait toujours rire, sept gants, sept couleurs différentes.
Un peu de mousse à raser sur son menton, qu’il frictionna du bout des doigts tout en regardant son visage dans la glace, et il prit le sécateur posé sur l’étagère. Il se mit doucement à tailler les feuilles dentelées qui lui avaient un peu trop poussé sur la figure pendant la nuit.
Il faut que j’arrête de manger des plats en sauce le soir pensa t’il, cela ne me réussit pas.

FIN



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