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Un jour d’Action de Grâce devait être mon premier rendez-vous avec la bravoure. La veille, ma grand-mère me dit que je devais tuer le coq en me levant le lendemain matin : «tu es un homme maintenant» me dit-elle, et tu nous débarrasseras de ce vieux vicieux.
À l’aube, une mince couche de gelée couvrait le sol transpercé de brins d’herbe raides et épars. La terre avait la chair de poule tout comme moi. Le père Clairon m’attendait, digne et sévère sur ses ergots, magnifique et flamboyant, dans son plumage roux, vert et jaune, une peinture vivante devant moi, blême et timide, cherchant un moyen honorable de surseoir à l’exécution.
Les yeux dans les yeux, je trouvai une sortie élégante pour chacun de nous : avec un pinceau, d’un coup sec du poignet, j’éclaboussai de rouge la toile de ma mémoire. Trois plumes frissonnèrent. Je pris mes jambes à mon cou, en criant à tue-tête que le coq s’était enfui, avant de raconter en haletant à ma grand-mère l’histoire sans queue ni tête de notre combat épique. L’honneur était sauvé!



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