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J’ai grandi le long d’un littoral si grand qu’il n’était qu’une escale
liée au vent d’un sable minéral.
J’ai poussé lentement, tel un pin, j’ai pris le temps de devenir humain,
j’étais si droit et je ne perdais rien, j’étais un végétal.
J’ai fait l’oubli et le fou au milieu des fourmis, j’ai fourni le feu à l’aube d’une vie
et le sang pour si peu, pour la faim et l’instinct de survie
animal.
Je suis une pierre éphémère, un arbre si solide, je tends les bras au ciel,
les pieds bien ancrés : mes racines s’y abreuvent au sang lourd de la terre.

J’étais déjà comme ça il y a si longtemps.
Je me souviens du vent mordant des glaciations et du souffle ardent du charbon incandescent.
J’ai vu le sang versé, le temps perdu, les changements et les inclinaisons.
J’ai perdu la raison.
J’étais une larme en fusion, le reste n’est qu’une infusion,
je suis témoin de damnation.
Silice, je glisse vers l’écorce et j’amorce la mutation. Pierre, je roule de sève en raison.

Je suis le fils du bord de mer,
je respire où le reflux des vagues imprime l’éphémère, un souffle d’amour austère
infini.
Je suis partout sur le bord du chemin,
la pierre dure et la terre sous tes pas, le souffle sur la dune, je me joue du trépas,
je suis l’odeur des pins et des fougères humides,
la moiteur au cœur d’un été trop aride autant que l’eau glaciale des tempêtes hivernales.
Je suis doux et je rue. Je suis une cascade.

J’étais là il y a si longtemps,
je suis la terre et l’océan, la lave fragile et sublime, ce qui sera de vie quand tu ne seras plus,
la chair, le sang, le superflu,
je suis la pierre chaude et les sables mouvants, et le lézard au soleil, tout mon temps.
Je suis rude comme hier, l’énergie du futur, je suis demain déjà il y a si longtemps,
je ne suis que la dimension qu’on attend.

J’ai grandi le long d’un littoral si grand qu’il sortait de son lit sans le dire
et pourtant laissait le sable là, je suis un sédiment,
mine et râle.
J’ai poussé tel un pin droit au ciel, et les racines au sol je m’élevais vers elle.
J’étais là, j’étais lent et vais-je en faire l’étal ?
J’ai joué l’oubli et l’instinct de survie.
J’ai joué l’attaque et le méchant,
j’étais fou, mon âme était le mal mais je brûle aujourd’hui.

Je suis le feu de joie, je suis le feu de vie,
la forêt se détruit pour mieux repartir de l’avant, je suis le combattant.
Je suis le feu, la flamme et le bois, et la cendre et la suie.
Je suis partout quand tu te consumes et me tais quand tu fumes,
je m’étale, je m’envole, je détale, je sublime et je vole.

De l’eau, silice, je glisse jusqu’en terre, et je brûle et m’élève, je suis particule dans l’air.
J’anime le mal où je vais, je ne suis que le val.
Je suis l’essence, je suis le minéral.

Comme Toi je suis Tout, comme Toi je suis Nous.

de Matthieu Marsan-Bacheré



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